Il y a là une iniquité injustifiable : les préposés aux bénéficiaires (PAB) en CHSLD vont bientôt gagner environ 26 $ l’heure alors que des employés qui font le même travail à domicile auprès des personnes handicapées (enfants ou adultes) ou des personnes âgées en perte d’autonomie vont continuer d’être payés au maximum 15 $ l’heure.

Anouk Lanouette Turgeon Anouk Lanouette Turgeon
Maman de deux enfants handicapés et co-responsable de Parents jusqu’au bout

On veut remédier à une pénurie de personnel en CHSLD, OK. Mais on fait fi du fait que la pénurie de PAB à domicile est tout aussi criante. Depuis aussi longtemps.

Donc ce n’est même pas un cas de déshabiller Pierre pour habiller Paul. Pierre était déjà tout nu. Et il va le rester, apparemment. Paul en revanche pourra se promener avec un complet sur mesure et un char de l’année. Mais passons.

Pourquoi cette iniquité ?

La seule réponse que je puisse formuler est que la pénurie de PAB à domicile n’a pas précisément créé de scandale dans les médias depuis le début de la pandémie, par opposition à la situation dans les CHSLD.

En clair : les personnes handicapées qui perdent leur préposé à domicile ne meurent pas « autant » que dans les CHSLD.

Sauf qu’en fait ça dépend.

C’est quoi, exactement, mourir ?

Est-ce qu’être laissé seul dans son logement, sans soins, quand on est incapable de se déplacer de son fauteuil roulant à son lit sans aide, par exemple, c’est mourir un peu ? Beaucoup ? En combien de temps ?

Est-ce que le fait d’être forcé d’envisager un placement en CHSLD – faute de soins à domicile – quand on a 20 ans, 30 ans, 40 ans, c’est mourir un peu ? Beaucoup ? Passionnément ?

La dignité d’une personne en situation de handicap vaut-elle moins que celle d’une personne pleinement « valide » ou « neurotypique » ?

Pourquoi est-ce que j’ai besoin de poser cette question ? On est en quelle année, déjà ?

Et si un enfant handicapé est retiré de sa famille pour être placé en centre d’hébergement ou en ressource intermédiaire – parce que ses parents ne reçoivent plus aucune aide pour le maintien à domicile de leur enfant – est-ce que cet enfant, est-ce que cette cellule familiale meurt ?

Peut-être pas tout de suite. Genre, pas la journée même.

Mais : oui. Cette famille meurt.

En tout cas les parents de cet enfant, je peux vous le jurer, s’ils ne meurent pas physiquement tout de suite, se sentent mourir dès qu’ils se séparent de leur enfant.

Ces situations arrivent. Là maintenant pendant que j’écris ces lignes et que vous les lisez. LIVE.

Il y a des morts qui font moins de bruit… mais qui ne font pas moins mal.

Et ce silence ne peut pas durer. Ne doit pas durer.

Brisons-le.