Le grand projet du REM a été lancé en 2016. Un de ses volets les plus structurants est la connexion avec Montréal-Trudeau.

Philippe Rainville Philippe Rainville
Président-directeur général d’Aéroports de Montréal (ADM)

Enfin, Montréal entrera dans le cercle des métropoles du monde qui ont une connexion rapide et à l’abri de la circulation avec leur aéroport international. Une solution moderne, de développement durable, qui améliorera aussi les déplacements des 13 000 personnes qui travaillent à YUL. La station YUL-Aéroport-Montréal-Trudeau est en elle-même un grand projet. Elle répondra aux besoins spécifiques de nos passagers. Le REM arrivera par le nord, passera sous les pistes et connectera avec l’aérogare à 35 m sous terre. Les travaux préparatoires ont commencé.

Toutefois, à cause de la crise, nous n’aurons bientôt plus d’argent pour continuer.

C’est ce que nous expliquerons lors de l’assemblée annuelle (virtuelle) d’ADM, dans quelques jours. Il faut donc une solution et nous en avons proposé une aux gouvernements.

Une contribution d’ADM

Cette station est la seule des 26 du REM qui ne fait pas partie de l’entente de financement entre la Caisse de dépôt (CDPQ) et ses partenaires. La station fait partie intégrante d’un réaménagement complet des accès à l’aéroport. Un projet de 2,5 millions de dollars devant être exécuté tout en maintenant des opérations fluides. Devant la complexité logistique de notre projet, nous avions convenu avec CDPQ-Infra de nous en occuper. Nous étions impatients et fiers de participer au REM et nous avions la capacité de le faire. YUL connaissait l’une des plus fortes croissances d’achalandage en Amérique du Nord, un rythme de 6 % à 9 % par année. C’était le résultat direct de la croissance économique mondiale, de la performance éclatante de Montréal et de la stratégie d’Air Canada de faire de Montréal un point de correspondance principal de ses routes internationales. En 2019, YUL a d’ailleurs franchi la barre des 20 millions de passagers et la tendance à la hausse allait se poursuivre au moins 15 ans…

Des revenus quasi inexistants, pour le moment

La crise nous a frappés durement, nous aussi. Hormis les vols de rapatriement de Canadiens en mars et avril, des vols intérieurs et quelques voyageurs qui se déplacent pour des raisons essentielles, l’activité a chuté de 97 %.

Les beaux jours reviendront. Le transport aérien est résilient et le charme international de Montréal continuera d’opérer, mais il faudra un peu de temps.

Selon l’Association internationale du transport aérien, il faut prévoir au moins deux ans pour que le trafic aérien retrouve sa vigueur prépandémie. Il faudra donc compter au moins deux ans avant que les revenus d’ADM se rétablissent. Rappelons que, contrairement à la situation dans la plupart des pays du monde, les grands aéroports au Canada ne reçoivent aucune subvention gouvernementale. Nous sommes dans un modèle utilisateur-payeur. ADM est un organisme sans but lucratif, financé par les contributions des voyageurs (stationnements, concessions…) et des compagnies aériennes (redevances d’atterrissage et autres frais aéronautiques). Or, à l’heure actuelle, puisqu’il n’y a pas d’utilisateurs, il n’y a pas de payeurs. Nos revenus sont quasi inexistants.

Une solution simple et responsable

Notre volonté de faire la connexion avec le REM est intacte. Il est impensable que le REM ne se rende pas à l’aéroport. Du point de vue de la qualité du réseau, nous croyons même qu’il devrait continuer son chemin sur 700 m pour rejoindre le réseau de VIA Rail au rond-point Dorval. Nous avons besoin d’un pont financier pour continuer les travaux. Nous proposons aux gouvernements qu’un prêt assorti de conditions souples de remboursement en fonction du rétablissement de nos revenus nous soit accordé. C’est une solution qui nous semble à la fois simple et responsable.

Montréal ne peut manquer ce rendez-vous, tout le monde en convient. Il s’agit d’un beau projet de relance dont les retombées environnementales sont importantes. Il ne faut pas qu’un projet de cette importance se perde quelque part entre les ordres de gouvernement.