Depuis des semaines, on rame à contre-courant pour faire collectivement face au virus du SARS-CoV-2. Toutefois, rien n’est encore gagné dans le milieu de l’itinérance. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ce qui se passe. Cette pandémie met en évidence le fait que notre société est fragile aux grands chocs. Nous avons vraiment besoin de voir au bien-être individuel et collectif des plus vulnérables.

Caroline Leblanc Caroline Leblanc
Étudiante au doctorat en santé communautaire- faculté de médecine et science de la santé à l'Université de Sherbrooke

En effet, la crise sanitaire qui frappe accentue l’incertitude et l’insécurité que vivent les personnes en situation d’itinérance. Actuellement, sous l’ordre du comité de coordination des mesures d’urgence, le SPVM et la Ville de Montréal démantèlent les abris de fortune des gens qui vivent dans la rue, et ce, dans plusieurs quartiers. Comme si la destruction de ces habitations était sans conséquence. Pourtant, ces personnes qui y ont élu domicile finissent une fois de plus par perdre le peu qu’elles ont. Il s’agit vraiment d’une gestion inadéquate qui ne tient pas compte des réels besoins des personnes itinérantes.

Ce n’est pas tout le monde qui arrive à fréquenter les refuges. Pour des raisons légitimes, certaines personnes ne veulent pas y avoir recours, tandis que d’autres s’y voient refuser l’accès. Il est plus que temps de considérer ces personnes qui vivent en permanence dans la rue dans la réponse d’urgence. Leurs droits sont trop souvent bafoués. Alors, si les refuges ne répondent pas aux besoins de certains, il faut innover et brusquer les structures pour y arriver.

Vous êtes-vous imaginé, une seconde, à quoi ressemblerait votre vie dans la rue en temps de pandémie ? Les personnes itinérantes n’ont aucun répit, et les défis sont encore plus difficiles à surmonter. En réalité, les ressources sont limitées, l’argent est rare, l’accès aux toilettes ainsi qu’à l’eau potable devient laborieux et les rues sont tellement désertes que les gens qui y vivent sont plus visibles et donc, plus enclins à être la cible de violence et de profilage social, car encore en 2020, la cohabitation et le partage de l’espace public sont ardus.

Nous savons tous que l’itinérance n’est peut-être pas l’apothéose de la condition humaine, mais pour plusieurs, cela est leur réalité.

Arrêtons de croire que les personnes itinérantes font preuve de mauvaise foi en ne cadrant pas dans les structures organisationnelles du système de santé et faisons plutôt preuve de créativité pour les rejoindre.

En effet, si les décideurs prenaient vraiment le temps d’entendre les réels besoins des plus exclus de notre société, ils comprendraient que d’agir avec tolérance et flexibilité permettrait de sauver des vies.

En ce sens, Iain DeJong, lors d’une présentation de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance, précise que pour faire face à la crise sanitaire, il faut prévoir un environnement sécuritaire et stable pour toutes les personnes qui vivent dans la rue. Pour ça, il faut arrêter de les déplacer jour et nuit et il faut mettre à leur disposition des stations sanitaires et des terrains, où elles peuvent avoir un campement sans la crainte de s’y voir démanteler leur abri. Selon lui, cette manière d’intervenir permettrait de rejoindre les personnes les plus à l’écart du système et ainsi mieux planifier, prioriser et surtout mieux répondre à la crise dans la rue. Toutefois, cela ne reflète en rien la vision des gestionnaires actuellement et c’est alarmant, car les personnes itinérantes se voient réduire leurs possibilités pour survivre.

Ne tardons plus à mettre en place des mesures qui permettront de réinventer un système de santé équitable pour tous et toutes en incluant les gens qui vivent dans la rue. Nous sommes loin derrière les autres pays qui considèrent les solutions les plus marginales dans leurs actions. Prenons comme exemple la Finlande, qui a réduit l’itinérance chronique dans le pays de 26 %(1). Ce n’est pas rien, c’est même incroyable.

Pour y arriver, nous avons besoin de prendre des décisions collectives qui reflètent les plans d’action et les politiques en itinérance. C’est choquant et inacceptable de savoir qu’aujourd’hui encore, il y a des gens qui détiennent des positions aussi privilégiées et qui conduisent les moins bien nantis de ce monde dans un gouffre sans issue. Nous devons agir rapidement pour réduire les inégalités sociales et ainsi répondre aux besoins, à la sécurité et à la dignité des personnes itinérantes.

1- Smith,A., (2016) Mettre fin à l’itinérance ? Le cas finlandais. Mettre fin à l’itinérance. Volet 1.