La mort de Georges Floyd aura, entre autres, ravivé les débats entourant le déploiement de caméras corporelles dans les organisations policières.

Rémi Boivin Rémi Boivin
Professeur agrégé, École de criminologie, Université de Montréal, directeur, Centre international de criminologie comparée

Au Canada, entre le chef de police de Toronto qui réclame publiquement l’accélération du processus de déploiement et les voix de l’opposition municipale qui souhaitent que les policiers de Montréal soient équipés de cet outil malgré la position prise après un rapport publié en 2019, la question des caméras corporelles a aujourd’hui une résonance plus politique que pragmatique.

Une des choses que nous ont apprises les projets-pilotes menés à Montréal, Toronto et Edmonton est que, contrairement à certaines expériences américaines, les caméras ont peu d’effet sur l’intervention policière comme telle, mais qu’elles ont le potentiel d’augmenter considérablement la quantité de travail administratif pour les policiers.

« Oui, mais il faut que les organisations policières soient plus transparentes. » Peut-être, mais surtout, il faut se rappeler ce que fait une caméra corporelle : elle enregistre des interventions pour qu’on puisse en tirer des leçons, les commenter, les juger, etc. Même si la caméra corporelle n’empêche personne de faire quoi que ce soit, elle peut, parfois, agir comme un témoin neutre qui aide à rétablir la vérité ou à améliorer la vie sociale.

Le SPVM a indiqué que le déploiement de caméras corporelles allait engendrer des coûts importants qu’il ne pouvait assumer à même son budget tout en engendrant peu d’effets bénéfiques sur son travail. S’il y a déploiement de caméras corporelles au Québec, il est probable que la facture soit assumée par les organisations policières ou les gouvernements municipaux. Pourtant, la caméra corporelle est utile pour promouvoir l’intérêt public, qui inclut celui des policiers et des autres citoyens, et réfère à quelque chose de plus grand que la « simple » sécurité des individus. Quelque chose qui ressemble plus à la mission du ministère de la Justice qu’à celle du ministère de la Sécurité publique…