Entre un confinement obligatoire et généralisé de plusieurs mois et l’absence totale de mesures de protection, plusieurs solutions existent

Michel Kelly-Gagnon Michel Kelly-Gagnon
Président-directeur général de l’Institut économique de Montréal

Je souffre d’embonpoint. En fait, pour dire les choses brutalement : je suis obèse. Je souffre également d’apnée du sommeil et d’hypertension artérielle. Enfin, pour couronner le tout, je reçois relativement régulièrement des injections de cortisone, ce qui affecte négativement mon système immunitaire.

Bref, je suis probablement plus susceptible de contracter la COVID-19 que la moyenne des Québécois et, si je devais la contracter, les conséquences sur ma santé seraient possiblement plus sévères pour moi que pour la moyenne des Québécois. C’est en raison de tout cela que j’ai choisi de m’auto-isoler avant même que l’État ne m’exige de le faire, et que j’ai l’intention de continuer ainsi pour probablement encore plus longtemps que ce qui sera légalement exigé. Mais ce qui est statistiquement raisonnable et logique pour moi n’est pas forcément statistiquement raisonnable et logique pour un jeune dans la vingtaine en pleine santé et qui vit en appartement avec d’autres jeunes en pleine santé. Bien que des consignes sanitaires soient nécessaires pour ce jeune, ce ne sont vraisemblablement pas les mêmes qui doivent s’appliquer à moi. One size doesn’t fit all.

Qui plus est, l’organisation que je dirige a fortement suggéré à ses employés de pratiquer le télétravail plutôt que de se rendre physiquement à nos bureaux du centre-ville de Montréal avant même qu’une directive de la Santé publique ne soit émise en ce sens. Bref, inutile de nous faire la morale quant au sens des responsabilités.

Parlons maintenant de la note économique signée par mes collègues Peter St. Onge et Gaël Campan et publiée le 4 juin 2020 qui fut traitée par un article de La Presse. Notons tout d’abord qu’il s’agit d’une publication de quatre pages visant à couvrir certains aspects très spécifiques du débat, à savoir d’évaluer la pertinence et l’efficacité de certains des modèles statistiques qui ont servi à justifier le confinement obligatoire et généralisé comme moyen de choix pour combattre la COVID-19. Et non, il ne s’agit pas d’une encyclique de mille pages qui permet de répondre à toute et chacune des considérations ou objections, directes et indirectes, qui pourraient potentiellement être soulevées par cette vaste thématique qu’est la détermination de la réponse appropriée des autorités publiques à cette épidémie.

Comme nous l’avons dit clairement, et ce sur toutes les tribunes, entre un confinement de plusieurs mois, appliqué de façon obligatoire et non ciblée à toute la population, et ne rien faire du tout pour combattre la COVID-19, il existe toute une série de mesures intermédiaires qui sont possibles et souhaitables. Ainsi donc, pour être clair : le propos de l’Institut économique de Montréal (IEDM) n’est absolument pas de dire qu’il ne faut ou ne fallait rien faire du tout. D’ailleurs, l’IEDM est loin d’être la seule organisation à penser cela. Par exemple, l’agence de la santé publique de la Norvège, dans un rapport officiel daté du 5 mai 2020, arrive à peu près à la même conclusion : le confinement généralisé obligatoire là-bas n’a pas apporté grand-chose. Évidemment, le rapport ne dit pas que les gens auraient dû continuer comme avant.

Qui plus est, la réputée agence de nouvelles Bloomberg a également publié le 20 mai dernier une analyse solide de l’université d’Oxford qui conclut que : « les données montrent que la sévérité relative des mesures de confinement d’un pays a eu peu d’incidence sur le taux de surmortalité. » Autre extrait : « Alors que l’Allemagne avait des restrictions moins contraignantes que l’Italie, elle a beaucoup plus de succès à contrer le virus. »

Je suis personnellement convaincu que François Legault et le Dr Horacio Arruda ont agi de bonne foi, sur la base des informations dont ils disposaient au moment où ils ont eu à prendre de lourdes décisions. Je crois également que, si j’avais été à leur place, il n’est pas certain que ma propre performance aurait été meilleure que la leur. Je ne suis, après tout, qu’un « gérant d’estrade ». Mais cela ne doit pas nous empêcher de poser un regard critique sur le processus décisionnel et les prémisses qui l’ont alimenté. Après tout, les conséquences sont dramatiques : dépression, violence conjugale, suicide, manque de suivis adéquats pour d’autres maladies, etc. Sans parler de tous les gens qui ont perdu leur gagne-pain.

En somme, il faudra améliorer ce processus et bien contre-vérifier les prémisses à l’avenir. Nous disposons maintenant de meilleures données. Le gouvernement devrait mettre en place une équipe multidisciplinaire d’urgence afin d’analyser et d’émettre des recommandations sur le processus en place et les modèles qui ont guidé l’action des autorités de santé publique. Au final, le gouvernement pourra en disposer à sa guise. Mais lorsque des décisions ont un impact aussi dramatique sur la vie, la liberté et l’emploi de millions de personnes que l’imposition d’un confinement obligatoire et généralisé, c’est, à mon avis, le minimum qu’on peut exiger !

Au lieu de chercher à se protéger de façon frileuse dans un exercice de pure autojustification, il est à espérer que les autorités québécoises suivront l’exemple donné par celles de la Norvège et qu’elles seront ouvertes à un début d’autocritique.