En ce temps de pandémie, la tentation de quitter la ville pour s’établir à l’extérieur de la métropole est forte. L’envie de s’exiler hors des grands centres est motivée par plusieurs facteurs : accès à la propriété, proximité avec la nature, grands espaces, appartenance à une petite communauté, meilleure qualité de vie, etc. Au-delà de la vision quelque peu idéalisée d’un éventuel « retour à la terre », ce désir témoigne d’un problème bien réel et illustre l’insatisfaction de plusieurs citadins à l’égard de la vie en ville et du métro-boulot-dodo qui lui est associé.

Maxim Bragoli Maxim Bragoli
Co-fondateur de la Pépiniére

Montréal avait déjà peine à retenir certains de ses résidents, notamment les jeunes familles qui choisissent de s’établir dans des banlieues de plus en plus éloignées, quitte à passer des heures en voiture pour se rendre au travail. À cet effet, c’est justement le travail qui retient de nombreuses personnes à Montréal. Or, avec la démonstration d’une certaine viabilité du télétravail, qui s’est généralisé au cours des derniers mois, on peut se demander si c’est une tendance qui va s’accentuer dans les prochaines années. Le phénomène du télétravail vient changer la donne et brouiller les cartes. Soudainement, il est possible de travailler pour une entreprise montréalaise tout en habitant hors de la métropole. Sans mentionner la vie culturelle et le nightlife qui se sont éteints, temporairement du moins, faisant tomber à court terme un autre argument fort des villes : l’accès à une culture dynamique. Plusieurs cherchent alors des motifs pour rester en ville et, malgré mon profond attachement à notre métropole, je dois reconnaître que je n’échappe pas à cette tentation.

Une chose est sûre, Montréal devra trouver des moyens pour retenir ses citoyens et leur offrir des avantages qu’ils ne retrouveraient pas en banlieue ou en région, en bâtissant des quartiers à échelle humaine, qui intègrent davantage d’espaces naturels et favorisent une vie de proximité.

Montréal, la « ville aux 100 clochers », s’est construite autour de paroisses et bien que les églises n’aient plus cette fonction de ciment des communautés, notre ville demeure une mosaïque de quartiers à l’identité distincte. Le moment est opportun pour miser sur cette trame de fond, faire renaître l’esprit de village et célébrer nos vies de quartier. Si nous vivons une période de redéfinition ponctuelle de nos manières d’occuper l’espace urbain et de consommer – limiter nos déplacements, acheter hyper local, etc.  –, c’est aussi l’occasion de repenser à long terme un urbanisme qui valorise la vie de proximité et la décentralisation des services au sein des quartiers, par opposition à un urbanisme fondé sur les grands projets et les infrastructures majeures. Faire de Montréal une ville aux 100 villages, c’est peut-être une des solutions à l’étalement urbain et à l’exode vers les régions périphériques.

Pour faire vivre cette vision, on peut miser sur deux grands aspects : la nature et la vie de communauté.

D’abord, parlant d’espaces naturels, notons qu’environ 60 % des Montréalais n’ont pas de cour ou d’espace extérieur privé. Afin que chacun puisse avoir accès à la nature en ville, les projets de verdissement seront déterminants, pour peu que l’on soit prêt à récupérer de l’espace dédié à l’automobile et à l’asphalte. C’est un mouvement qui est déjà en marche. On sent que la diminution de la présence de l’automobile et l’implantation de corridors sanitaires pourraient accélérer le changement de paradigme, et que l’engouement croissant pour l’agriculture urbaine pourrait transformer le paysage de nos rues. À l’image des ruelles vertes, de plus en plus de citoyens souhaitent s’approprier et verdir leurs rues. Des initiatives visant à cultiver des plantes potagères sont aussi à envisager, comme on le voit dans la ville de Victoria en Colombie-Britannique.

En plus de projets de verdissement, il faut travailler sur le vivre-ensemble et la vie de communauté. Un milieu de vie complet doit assurer une mixité de l’offre commerciale et culturelle à l’échelle des quartiers, afin que ceux-ci demeurent attirants, agréables, intergénérationnels et pratiques. En effet, c’est la concentration d’une variété d’usages pour une diversité de clientèles qui permet de créer des quartiers animés au quotidien et rythmés de traditions locales. Cette vision peut se matérialiser par la création de places de quartier qui deviennent des cœurs de vie, en intégrant différents pôles : un lieu de diffusion culturelle, une scène pour les artistes locaux, des halles de marché, une offre alimentaire (café/buvette, cuisine de rue), un BBQ en libre service, des aires de jeu libre, entre autres. Ce type d’espace peut aussi facilement être hivernisé, pour dynamiser la vie de quartier toute l’année.

Ce plaidoyer pour une ville plus décentralisée, qui s’appuie sur la vitalité des écosystèmes de quartier, pourrait bien contribuer à retenir les gens en ville, en bonifiant l’offre de services, en améliorant la qualité de vie de citoyens et en renforcer leur sentiment d’appartenance.