Nous sommes de nombreux médecins de différentes disciplines qui souhaitons aujourd’hui donner une voix aux enfants du Québec qui n’ont personne pour défendre officiellement leurs droits dans les débats publics entourant la pandémie.

Cette lettre est signée par 13 médecins du Québec*

Selon notre évaluation des différents risques à la santé, ils paient actuellement un prix disproportionné en lien avec les mesures de prévention en place. S’il était pertinent de faire preuve de grande prudence au début de cette crise sanitaire sans précédent, la communauté scientifique a maintenant assez de recul pour réajuster le tir en ce qui concerne les écoles, les garderies et les camps de jour.

Voilà plus de trois mois que nous prenons connaissance chaque jour de la littérature scientifique et des données épidémiologiques entourant la COVID-19. Notre expérience clinique et celle de nos collègues du monde entier nous amènent à constater que les enfants sont majoritairement épargnés par le virus. Ils attrapent peu la maladie et souffrent rarement des formes sérieuses. Nous suivons en temps réel les rares éclosions dans les garderies et écoles du Québec : tout se passe bien. Les données nous montrent qu’il y a actuellement très peu de transmission des enfants vers les adultes, et donc peu de conséquences sur la santé de la population.

S’il y a une deuxième vague à cette pandémie, il apparaît peu probable qu’elle soit causée par un assouplissement des mesures drastiques actuellement en place. Bien sûr, nous sommes d’avis que la santé des éducatrices et des enseignants doit demeurer une grande priorité. Toutefois, nous croyons qu’il est assurément possible de lâcher prise sur certaines recommandations qui s’adressent aux enfants sans mettre les adultes à risque.

Jour après jour, nous sommes témoins d’importantes dérives dans l’application des mesures de santé publique qui compromettent sérieusement la santé et le bien-être de plusieurs enfants. Le ministère de la Famille et le ministère de l’Éducation envoient des instructions au terrain qui semblent surréelles aux yeux de plusieurs experts, mais également auprès de nombreux parents, éducatrices, enseignants et gestionnaires. En voici des exemples bien réels :

Ici, une école qui dessine des carrés au sol dans lesquels les enfants doivent rester pour toute la récréation, sans interaction directe avec leurs amis. Ou une éducatrice de garderie qui doit faire la « police du 2 mètres » auprès des tout-petits bien malgré elle, armée d’une visière et d’un masque qui lui sont imposés. Rappelons que les contacts entre enfants et les jeux libres sont essentiels pour assurer un bon développement socio-affectif et langagier.

Là, des moniteurs des futurs camps de jour qui reçoivent des directives à l’effet qu’ils ne pourront pas aider un enfant à mettre de la crème solaire ou à remplir sa gourde d’eau, même en pleine canicule.

Ici, une garderie qui interdit les livres, casse-têtes, crayons, poupées et ballons sous prétexte qu’on ne peut les désinfecter facilement. On privera donc des enfants de multiples occasions ludiques et éducatives durant des mois.

À ce jour, la transmission du virus par objets contaminés reste mal décrite, alors que c’est le lavage des mains fréquent qui est déterminant.

Monsieur Legault, est-ce la nouvelle normalité que l’on souhaite pour nos enfants ? Quelques mois dans la vie d’un tout-petit de 2 ans font toute la différence. Nous sommes conscients que votre gouvernement a déjà mené plusieurs actions pour mieux soutenir les familles, mais en tant qu’experts de la santé des enfants, nous demeurons très préoccupés pour leur développement à court et à long terme.

Nous vous demandons d’assouplir rapidement les mesures sanitaires dans les garderies, les écoles et, prochainement, les camps de jour. Nous réclamons plus spécifiquement les changements suivants :

1- Que la règle de distanciation de 2 mètres soit levée pour les enfants de 12 ans et moins ;

2- Que le port du masque ne soit pas requis pour les enfants de 12 ans et moins ;

3- Que des lunettes de protection soient fournies sur le terrain (plutôt que des visières), ainsi que des masques transparents permettant aux enfants de voir les sourires et les lèvres des adultes ;

4- Que toutes les activités sportives individuelles ou en groupe pour les enfants et adolescents puissent reprendre dès que possible ;

5- Que l’utilisation du matériel éducatif et le partage des jouets soient de nouveau permis, sans nécessité de désinfection entre chaque usage.

Monsieur le Premier Ministre, vous vous êtes toujours présenté comme un grand défenseur de nos enfants. Il est maintenant temps d’agir pour assouplir les mesures qui leur sont imposées.

Signataires : Dre Marie-Ève Beauregard, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive ; Dre Dominique Cousineau, pédiatre du développement, CHU Sainte-Justine ; Dre Catherine Dea, médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive, Université de Montréal ; Dre Catherine Dery, pédiatre, CISSS de Chaudière-Appalaches, hôpital de Beauce ; Dre Véronique Groleau, gastro-entérologue pédiatre, CHU Sainte-Justine ; Dre Annie Janvier, pédiatre néonatologiste, éthicienne clinique, CHU Sainte-Justine ; Dr Francis Livernoche, pédiatre social, CHU Sherbrooke ; Dre Karine Pépin, pédiatre, CHU Sainte-Justine ; Dre Caroline Pilon-Tremblay, pédopsychiatre, Hôpital Charles-Lemoyne ; Dre Irena Stikarovska, psychiatre et psychiatre de l’enfant et de l’adolescent, CHU Sainte-Justine ; Dre Caroline Têtu, psychiatre, CISSS de la Montérégie-Ouest, hôpital Anna-Laberge ; Dre Suzanne Vaillancourt, urgentologue pédiatre, Centre universitaire de santé McGill ; Dre Isabelle Viel-Thériault, infectiologue pédiatre, CHU de Québec-Université Laval.