Le traitement efficace pour prévenir une autre pandémie

Courtney Howard Courtney Howard
Médecin, membre de l’Association canadienne et québécoise des médecins pour l’environnement (CAPE/AQME)

Claudel Pétrin-Desrosiers Claudel Pétrin-Desrosiers
Médecin, membre de l’Association canadienne et québécoise des médecins pour l’environnement (CAPE/AQME)

Dans les dernières semaines, nous avons souligné, célébré, et reconnu le travail exceptionnel des travailleurs de la santé de première ligne. D’un océan à l’autre, et à travers le monde, nous avons chanté, allumé nos lumières, frappé sur nos casseroles et dansé de la maison pour souligner les efforts et le courage de nos voisins et amis qui sont partis œuvrer dans nos centres de santé et qui ont maintenu nos services essentiels, jour comme nuit.

Ces hommages nous touchent droit au cœur. Comme médecins, nous avons aidé à réorganiser nos milieux de soins ; nous avons fait des plans en vue de scénarios potentiellement catastrophiques ; nous avons soutenu nos collègues alors que la pandémie gagnait du terrain ; et nous avons pris du temps d’écouter et de réconforter nos patients et leurs familles, dans des moments souvent déchirants.

Nos années de formation nous ont préparés à offrir des soins de qualité, même face à une menace aussi féroce que la COVID-19 : nous en sommes fiers. Toutefois, nous savons que la bataille n’est pas encore gagnée, bien au contraire.

Nos comportements des dernières décennies ont nourri la crise climatique et la destruction agressive de nos écosystèmes naturels. Ils continuent d’amplifier le risque d’une autre crise sanitaire comme celle de la COVID-19, altérant les habitats et les mouvements migratoires des animaux. Nous n’avons autre choix que de changer nos habitudes économiques et politiques.

Aujourd’hui, nous ajoutons notre voix à celles de 40 millions de professionnels de la santé pour demander aux représentants du G20 de choisir une relance économique misant sur la santé durable, afin que plus jamais, nous ne devions faire face à une tragédie de l’ampleur de la COVID-19.

La liste de signataires est impressionnante : l’Organisation mondiale de la santé, l’Association médicale mondiale, l’Association médicale canadienne, le Collège québécois et canadien des médecins de famille, l’Association canadienne des médecins pour l’environnement, le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et plusieurs autres.

Ces organisations, représentant environ les deux tiers de la main-d’œuvre mondiale en santé, demandent une relance qui laissera de côté les énergies fossiles pour favoriser les énergies renouvelables, réduisant ainsi les multiples risques pour la santé des changements climatiques : incendies de forêts, vagues de chaleur, inondations, maladies infectieuses. Elles demandent de prioriser des emplois durables permettant de vivre dignement et contribuant positivement aux communautés, sans exacerber le stress sur la nature et sans augmenter la pollution atmosphérique.

Ce faisant, nous espérons sauver les sept millions de personnes qui meurent annuellement de la pollution atmosphérique à travers le monde.

Nous avons espoir que les décisions financières et politiques qui seront prises par les équipes des pays du G20 permettront de redessiner des villes à l’échelle humaine, où l’humain pourra reconnecter à la nature par des espaces verts urbains, et opter pour des modalités de transports actifs, comme la marche et le vélo, et les transports en commun électrifiés. Cela s’aligne parfaitement avec les principes d’une relance juste, lancée hier, et qui ont été approuvés par plus de 150 organisations canadiennes et québécoises.

Nous avons collectivement fait beaucoup de sacrifices dans les derniers mois. Nos failles, nous les avons vues ensemble : la vulnérabilité de plusieurs groupes — les gens sans domicile fixe, les personnes âgées, les gens de niveau socio-économique faible — a été révélée de façon tragique. De nombreuses familles vivent des deuils difficiles ; les aidants sont stressés, épuisés, dépassés ; la détresse psychologique de plusieurs soignants a atteint des niveaux préoccupants.

Nous dressons toutefois un constat rassurant : devant l’adversité, nous sommes capables de faire des choix difficiles, mais nécessaires afin de prioriser la santé de tous et chacun. Et ensemble, nous pouvons rapidement changer le monde.

Ainsi, alors que nous continuerons d’être au front et d’offrir des soins de qualité, notre plus grand souhait — et celui de 40 millions de professionnels de santé — est que l’on s’offre, collectivement, une relance économique qui mise sur une transition écologique juste, vers un monde plus résilient. Alors que les gouvernements du monde entier dessinent les plans pour redresser leurs pays, nous espérons qu’ils prescriront, à leur tour, de la santé pour tous.