La pandémie de COVID-19 est sans précédent. Le Québec n’y échappe pas. Quand on fera le compte après cette crise, on comptera par milliers les victimes du virus – malades de gravités diverses et, malheureusement, décès.

Christine Grou Christine Grou
Psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Mais c’est par millions, sans doute, qu’on comptera les personnes ayant vécu des épisodes d’anxiété ; par milliers également qu’on comptera des gens vivant avec des séquelles psychologiques de la crise, longtemps après celle-ci ; et, malheureusement, des décès associés aux problèmes psychologiques, allant de morts prématurées causées par un stress inhabituel à des suicides et des victimes de violence familiale.

Toute crise, individuelle ou collective, est par nature anxiogène. C’est encore plus vrai lorsqu’elle est d’une ampleur et d’une gravité sans précédent. L’inconnu et l’incertitude sont générateurs d’anxiété.

Le gouvernement a donc eu raison d’inclure les consultations psychologiques parmi les services essentiels à maintenir pendant cette crise – même s’il reste préférable, autant que faire se peut, de faire les consultations par télécommunication, afin de minimiser les risques de propagation.

Certes, la gestion de cette crise par le gouvernement du Québec est remarquable. Elle est porteuse d’apaisement. L’intervention quotidienne sur nos écrans de télévision du trio Legault-McCann-Arruda est en soi rassurante. À n’en pas douter, leur calme, leur franchise et leur écoute contribuent à réduire l’anxiété des Québécois.

Malgré cette présence apaisante, il faut s’attendre à ce qu’au fil des jours, les répercussions psychologiques de la crise de la COVID-19 se répandent elles aussi comme un virus.

À la crainte de l’infection pour soi et ses proches, s’ajoute déjà l’anxiété provoquée par l’incertitude économique ou le cheminement scolaire des enfants. De jour en jour, les répercussions psychologiques du confinement et du retrait social proprement dits prennent de l’ampleur : l’ennui, l’irritabilité, les sentiments d’impuissance, les tensions conjugales et familiales, voire les flambées de colère et de violence se multiplieront. Les troubles de santé mentale peuvent être très contagieux.

Des stratégies

Comme pour le virus lui-même, les Québécois peuvent adopter des stratégies individuelles et familiales qui réduiront leur propre risque pour leur santé mentale, et le risque « d’infecter » d’autres personnes avec leur propre anxiété et les comportements qui peuvent en découler.

Par exemple, essayez de donner à vos journées une structure en y intégrant une routine. Vous pouvez également tenter d’alterner et de varier les activités physiques, intellectuelles et de divertissement.

Si vous êtes confinés en famille, prenez du temps pour vous, dans la mesure du possible, entre les activités et le temps que vous passerez avec les enfants. Demeurez informés, mais évitez de regarder les nouvelles négatives en boucle et de façon continue, ce qui accroîtrait davantage votre niveau d’anxiété.

Plutôt que d’opter pour des séries et films tristes, anxiogènes ou encore violents, privilégiez ceux qui sont divertissants ou amusants et qui vous permettront de vous changer les idées. Si un verre de vin peut détendre, les excès d’alcool et d’autres substances pourraient avoir des conséquences sur votre humeur, votre sommeil et le contrôle de vos émotions.

Cultivez aussi l’empathie et la bienveillance au sein de vos familles. En terminant, profitez-en pour délaisser la culpabilité au profit de l’auto-compassion, en prenant soin de vous. La métaphore du masque à oxygène qui tombe lorsque l’avion traverse des turbulences me vient à l’esprit : afin de pouvoir aider votre famille et vos enfants, vous devez d’abord vous assurer d’avoir pris le temps de mettre votre propre masque, sans quoi vous risquez de manquer d’air.

Les crises ont toujours une fin. Elles nous permettent souvent d’emprunter des chemins moins fréquentés, d’écrire une page d’histoire et de nous révéler nos capacités d’adaptation méconnues. Il faut seulement se rappeler qu’au sortir de cette crise, notre santé mentale sera plus importante que le souvenir que nous en garderons.