Ma maman de 90 ans souffre de la plus maudite des maladies. Depuis six ou sept ans, elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer.

André Provencher André Provencher
Montréal

Les fonctions cognitives de son cerveau n’ont cesse de se dégrader. Jusqu’au 4 mars dernier, elle habitait une résidence de la région de Nicolet, d’où ma famille est originaire. Mais l’état d’éloignement et de détresse qui la minait de plus en plus exigeait de ses enfants une présence plus assidue auprès d’elle.

Ma maman est en soi une force de la nature, dont la filière génétique est renversante. Ma grand-mère maternelle et marraine est morte à 103 ans sans avoir jamais connu l’hôpital. On vit vieux, nombreux et unis au sein de ma famille. J’ai moi-même neuf sœurs et frères auxquels ma mère a donné naissance avant l’âge de 33 ans. Elle en avait 19 lorsque j’ai vu le jour.

Pour son courage, son abnégation, son dévouement, son incroyable esprit maternel, son sens communautaire, maman est une sainte.

Surtout depuis que la vie de mes parents a été en partie détruite par la mort accidentelle de ma sœur Hélène dans des circonstances tragiques. Elle n’avait même pas 20 ans. Mon père nous a également quittés en 2003, et j’éprouve toujours beaucoup de remords de ne pas lui avoir couru après lorsque je l’ai aperçu par la fenêtre s’éloigner de mon bureau et s’engouffrer dans sa voiture, tenant péniblement sur ses jambes.

L’AVC qu’il subissait alors l’a laissé dans une condition miséreuse de dépendance physique et physiologique. Je me rappelle cette phrase de son médecin traitant lorsqu’il a eu l’initiative de réunir la famille pour rendre compte de la santé de mon père : « L’état dans lequel vous le voyez aujourd’hui ne va malheureusement pas s’améliorer. Prenez soin de lui, mais prenez surtout soin de votre mère pour qui les jours et les mois à venir seront pénibles. »

Nous avons vécu toutes sortes d’épreuves familiales, mais j’oserais dire que nous en sommes toujours ressortis plus unis et plus forts. Mais la maladie de papa a davantage pesé lourd sur les épaules de maman. Il est mort deux ans après son accident vasculaire. Maman est une force de la nature et une sainte.

Le 4 mars dernier, nous avons donc installé ma mère à la résidence Notre-Dame-de-la-Paix, à Verdun. Le choix s’est imposé naturellement à la famille, car la résidence offrait un encadrement professionnel stimulant et que la plupart de mes sœurs et frères habitent la région de Montréal. Nous pourrions donc la visiter plus souvent, pour son plus grand bonheur. Mais à peine 10 jours plus tard, le gouvernement a fermé les portes aux visiteurs de toutes les résidences de personnes âgées.

Même si elle nous laissait pantois, le bien-fondé de la décision gouvernementale était indiscutable et nous devions l’appuyer.

Nous ne pouvions encore imaginer à ce moment-là dans quelles conditions les résidents de Notre-Dame-de-la-Paix traverseraient la crise et quel rôle serait attribué aux familles tenues à l’extérieur. Depuis le 14 mars, nous sommes ébahis par l’incroyable agilité de sa direction et de son personnel.

Il n’y a aucun doute : maman est désormais entourée de gens dévoués, attentionnés, compétents et remplis de compassion. Les activités de divertissement et de stimulation s’enchaînent et nous pouvons même les suivre sur le compte Instagram créé et entretenu quotidiennement par l’équipe de la résidence.

Les sourires de maman sont devant nos yeux presque tous les jours. Et sous la supervision d’une travailleuse sociale, il est devenu possible de temps à autre de nous réunir avec maman par vidéoconférence.

Le Dr Horacio Arruda a qualifié les travailleuses et travailleurs de la santé d’« anges gardiens » de notre société et de notre bien-être. Ceux de ma famille nichent à la résidence Notre-Dame-de-la-Paix. Merci, merci, merci de tout cœur à cette équipe fabuleuse.