Largement critiqué au cours des 40 dernières années, autant par la population que par le gouvernement et les syndicats, le système de santé du Québec fait actuellement l’envie de tous les grands pays occidentaux.

Marie-Claude Roy Marie-Claude Roy
Médecin et professeure adjointe d’enseignement clinique à l’Université de Sherbrooke

En fait, le système public vit actuellement le seul vrai test qui compte, autant au niveau de son organisation logistique, de sa capacité d’adaptation et de la qualité de formation des divers intervenants qui y travaillent. Malgré d’innombrables commissions d’enquête qui ont mené à des centaines de recommandations, jamais, depuis la Révolution tranquille, le réseau n’avait vécu une crise d’une telle ampleur.

Même s’il est prématuré d’entrevoir l’évolution de la pandémie et qu’il faut certainement s’attendre à des semaines très difficiles, nous pouvons déjà dire que le réseau de la santé était prêt à réagir avec efficacité et compétence. Guidé par un gouvernement proactif et à l’avant-garde, notre système public réussit actuellement le tour de force de se redéployer et de s’adapter en attendant l’arrivée massive des patients.

Bien des pays rêveraient d’une telle situation. Comment peut-on expliquer que ce système, souvent mal-aimé, réagisse aussi bien et efficacement ?

Certes, les crises permettent plus facilement d’organiser et structurer les ressources, mais il y a plus, car en réalité la pandémie permet de mettre en lumière la solidité et la force de notre réseau.

Un modèle de formation d’une grande qualité

La réussite de notre réseau public est le résultat de la solide formation des acteurs, et ce, grâce à l’implication de tous les ordres d’enseignement, qu’ils soient professionnels, collégiaux ou universitaires. Ce modèle de formation unique repose d’abord sur l’exposition rapide des différents étudiants qui œuvrent dans le système de santé. Cet enseignement, souvent décloisonné et très peu hiérarchisé (contrairement au modèle européen) donne aux étudiants un accès direct aux patients, ce qui permet de les plonger rapidement dans des situations concrètes afin qu'ils développent les réflexes nécessaires pour devenir des intervenants habiles et polyvalents. Ces « anges gardiens », comme aime le dire notre premier ministre, sont d’abord et avant tout des produits de notre système d’éducation.

Ensuite et surtout, le réseau de la santé place le patient au cœur de l’apprentissage.

Cette culture organisationnelle fait en sorte que les patients, parfois sans le savoir, prennent une part active dans la formation de l’apprenant. Ce modèle, qui n’est pas unique, mais qui fonctionne particulièrement bien au Québec, favorise une plus grande complémentarité interprofessionnelle, complémentarité particulièrement utile lorsqu’arrive une crise de l’ampleur de la COVID-19.

La force du système public

La situation actuelle nous permet aussi de constater la grande force de déploiement du système public de santé et sa remarquable résilience. Il faut ici bien sûr souligner l’apport de tous les professionnels liés au domaine de la santé communautaire, duquel est issu le désormais célèbre Horacio Arruda.

La santé communautaire, souvent oubliée et méconnue dans l’opinion publique, fait preuve d’un très grand degré de professionnalisme et a réagi avec rapidité et vision. 

On peut maintenant constater comment les directions de santé publique, qui font un travail de l’ombre, ont un rôle crucial et primordial à l’intérieur de notre société. Cela apparaît aujourd’hui comme une évidence, mais il s’agit d’un des piliers quotidiens de notre système.

Impossible par ailleurs de passer sous silence l’universalité et la gratuité de nos soins de santé. Sans cela, des centaines de milliers de Québécois et de Canadiens seraient aujourd’hui incapables de passer un test de dépistage et encore moins d’être hospitalisés pour une longue durée. Le système public est ici une arme beaucoup plus efficace pour traiter et soigner rapidement les malades en cas de pandémie. Aux États-Unis, ce manque d’accessibilité pourrait rendre la pandémie plus difficilement contrôlable, sans parler des plus démunis qui seront littéralement abandonnés. Là aussi notre réseau public joue pleinement son rôle puisque devant le coronavirus, tous les citoyens peuvent espérer le même traitement et la même qualité de soins.

Difficile pour l’instant de mesurer avec précision tous les impacts qu’aura cette crise sur l’ensemble de la société québécoise et il est à parier qu’il y aura de nombreux dommages collatéraux. Pensons, entre autres, aux problématiques liées à la santé mentale qui iront en s’amplifiant dans le contexte de confinement qui se prolongera. Les enfants vulnérables auront besoin plus que jamais du soutien de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Malgré cela, notre système public aura démontré toute sa pertinence et son utilité… Soyons-en fiers.