Le Québec et le monde sont en gestion de crise face à la pandémie de la COVID-19, accentuée par la facilité de nos déplacements partout sur la planète.

Mohamed Reda Khomsi et Dominic Lapointe
Professeurs au département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal*

Le Groupe de recherche et d’intervention tourisme, territoire et société (GRITTS) souhaite à ce titre saluer les travailleurs de la santé pour leur dévouement acharné auprès de nos malades. De même, nous soulignons aussi le courage de tous les gens qui travaillent au rapatriement des voyageurs, sans mesures de protection – notamment les agents de bord et les chauffeurs de taxi.

Pour le moment, la priorité des autorités et de tous est de limiter la propagation du virus. Les autorités publiques déploient tous les efforts à cet effet. Outre les problématiques de santé publique, les gouvernements interviennent aussi pour soutenir les travailleurs et les entreprises afin d’amortir le choc des turbulences que traverse notre économie.

L’industrie touristique est déjà durement touchée. Il faut dire que cette pandémie arrive au moment où chacun planifiait ses déplacements estivaux. Le climat d’incertitude quant à la date du retour à la normale ne fera que retarder la décision du voyage, au point que plusieurs personnes pourraient finalement décider de rester à la maison cette année.

Dans ce contexte et en tant que chercheurs en études touristiques, nous mettons nos connaissances au service des acteurs de l’industrie touristique pour limiter les effets de la crise sur nos travailleurs et nos entreprises, et comprendre rapidement les manières dont cette crise transformera le tourisme et les milieux qui en vivent.

À ce titre, voilà quelques constats colligés des expériences précédentes où le tourisme a dû faire face à des crises majeures.

1) Les autorités ont pour réflexe, en moments de crise, de revoir leur plan de développement ainsi que l’annonce d’une série de mesures dont l’objectif est d’offrir aux acteurs de l’industrie une idée précise sur la suite des choses. Ces actions, certes nécessaires, n’ont qu’un effet très limité.

Les enseignements tirés des études sur la réaction des destinations aux risques sanitaires, naturels ou sécuritaires montrent que les organisations qui traversent le mieux les différentes crises sont celles qui ont agi très tôt par la mise en place de plans de gestion de crise en intégrant leurs employés dans le processus décisionnel à toutes les étapes de la crise.

2) Il est impossible, en ce moment, d’évaluer l’ampleur des dégâts que subit l’industrie touristique. Néanmoins, on sait que le temps nécessaire pour que les touristes reprennent le goût du voyage pourrait être long.

Si on se fie aux expériences des destinations touchées par diverses crises depuis le début des années 2000, la durée de récupération du secteur se situe entre 18 et 42 mois.

Plus cette crise va durer dans le temps, plus le temps de résilience sera long et plus l’écart entre les destinations résilientes et non résilientes se creusera.

3) Enfin, le partage de bonnes pratiques est une condition sine qua non pour pouvoir se relever. La multiplicité des intervenants touristiques à différents niveaux administratifs est souvent, au Québec, une barrière au développement d’un moteur de croissance. Dans ce contexte, nous appelons tous les acteurs de l’industrie à faire preuve de solidarité pour faire face à la crise ensemble.

Pour répondre à ces défis, le GRITTS, dans son devoir de services aux collectivités, travaille à l’élaboration d’un protocole de recherche pour appuyer les réflexions des différents intervenants face aux réponses à apporter à la crise actuelle. Nous souhaitons ainsi construire une base de connaissances solide et fiable pour renforcer la résilience des milieux touristiques du Québec.

* Mohamed Reda Khomsi est professeur au département d’études urbaines et touristiques de l’UQAM ; Dominic Lapointe est directeur du Groupe de recherche et d’intervention tourisme territoire et société et titulaire de la Chaire sur les dynamiques touristiques et les relations socioterritoriales à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.