S’il est impossible de prévoir ce qui résultera à long terme du cataclysme à l’échelle de la planète que représente la crise de la COVID-19, avec ses effets dévastateurs en matière de santé publique, d’économie et de libertés, deux choses apparaissent d’ores et déjà claires.

Christian Dufour Christian Dufour
Politologue et auteur

La première est que cela ne sera plus jamais comme avant pour notre nouvelle humanité mondialisée dont la vulnérabilité est devenue criante dans le contexte de la révolution numérique.

On n’a qu’à penser à ce que cela serait si on avait affaire à un virus encore plus dangereux que la COVID-19, de même qu’aux idées que cela est susceptible de donner à tous les terroristes et désiquilibrés de la Terre.

Le régime de Xi Jinping

PHOTO XIE HUANCHI, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le président Xi Jinping (à droite) s’est rendu à Wuhan pour rencontrer des travailleurs du secteur de la santé et des patients atteints de la COVID-19, le 10 mars. Une première visite dans la mégalopole pour le dirigeant chinois depuis l’éclosion du nouveau coronavirus.

Une autre chose qui est claire, c’est le rôle malfaisant qu’a joué dans ce drame le régime du président chinois Xi Jinping. Cela donne froid dans le dos si l’on a en tête qu’on a affaire au pays qui donne de plus en plus le ton dans de multiples domaines, y compris dans cette crise.

On en a eu une démonstration éclatante lorsque le contrôle extrêmement poussé du pouvoir chinois sur sa population a servi à empêcher que les mesures appropriées soient appliquées à Wuhan lors des cruciaux débuts de l’épidémie, dans ces semaines où il était encore sans doute possible de l’arrêter.

Après que le nouveau coronavirus a été identifié par de courageux professionnels chinois de la santé en appelant à une action immédiate des autorités, le réflexe viscéral du régime de Xi Jinping a été de nier la gravité du problème, sanctionnant le jeune médecin qui avait sonné l’alerte et mourra peu après.

On se demandait si nos vermoulues démocraties libérales faisaient encore le poids face à un régime chinois sans doute autoritaire, mais supermoderne et efficace.

Les débuts de cette catastrophe ont au contraire fait ressortir les irresponsables dysfonctionnements indissociables d’un pouvoir chinois obsédé par son image et incapable d’admettre les initiatives individuelles.

En effet, le drame origine en partie du fait que l’information ne circule pas librement en Chine, à l’opposé des démocraties libérales où l’on aurait été vraisemblablement en mesure de stopper la propagation du virus à ses débuts.

L’ironie est que ce seront peut-être ces mêmes démocraties libérales qui payeront au final le prix fort pour ce fiasco, incapables de juguler la pandémie de façon aussi efficace – et brutale – que la Chine, comme on le voit en Italie.

Modèle chinois

En effet, au-delà de la responsabilité du régime chinois dans le démarrage de l’épidémie, il se pourrait bien que l’on retienne avant tout de ce dernier son aptitude à mettre efficacement en quarantaine des centaines de millions de personnes, lui permettant – presque – de crier victoire quatre mois plus tard.

Dans le contexte où il y aura éventuellement d’autres pandémies comme le coronavirus, la méthode chinoise de faire les choses pourrait bien devenir la norme à appliquer dans le reste du monde, comme elle l’est déjà à certains égards de facto dans la présente crise.

On pense à la façon extrêmement brutale – montrée de façon poignante à RDI la semaine dernière dans un documentaire australien – avec laquelle le régime autoritaire chinois a été capable de reléguer chez eux pendant des mois les 11 millions d’habitants de Wuhan, les logiciels de reconnaissance faciale permettant de repérer ceux qui ne suivaient pas les consignes.

Il est apparu alors que les impressionnantes images du centre-ville futuriste de la mégalopole chinoise n’étaient que le maquillage d’une société au potentiel liberticide pratiquement illimité.

Mao Tsé-toung incarnait une société chinoise autoritaire, mais archaïque et coupée du reste du monde. Le président Xi Jinping est plus dangereux, lui qui dirige une société tout aussi autoritaire, mais qui profite du prestige et des pouvoirs associés à l’hypermodernité numérique, avec des ambitions désormais à la grandeur de la planète.

L’histoire de l’humanité ayant été marquée depuis ses origines par des inter-fécondations de toutes sortes, espérons que certains aspects de l’individualisme à l’occidentale aient un avenir en Chine.

Jusqu’à quel point la présente crise aura-t-elle ébranlé le régime de Xi Jinping ? Le pays sera-t-il en mesure de poursuivre sa progression tout en continuant à ne manifester aucun intérêt pour la liberté d’expression et la démocratie ?

S’il en était besoin, la catastrophe qui est en train de se déployer en direct sous nos yeux depuis une semaine constitue un dur rappel de ce que le grand Raymond Aron nous a enseigné naguère. L’Histoire comporte un côté tragique que nos sociétés occidentales ont oublié depuis la Seconde Guerre mondiale.

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