La pandémie de COVID-19 est un buffet à volonté pour les critiques éternels de la mondialisation — les protectionnistes et les nativistes.

Vincent Geloso Vincent Geloso
Collaboration spéciale

Pour eux, la crise actuelle est l’occasion rêvée de souligner que l’intégration économique des différents coins du monde génère plusieurs effets pervers. L’un de ceux-ci est celui de l’exposition accrue aux risques de contamination.

Soyons clairs : il y a un soupçon de vérité dans leurs propos. Il y a des mécanismes résultant de la mondialisation qui augmentent l’exposition aux risques. Cependant, ces mécanismes ne réduisent que partiellement les gains au niveau de la santé que la mondialisation produit.

Réduire les risques

Tout d’abord, il convient de souligner que ceux qui s’attaquent à la mondialisation omettent de mentionner que celle-ci pourrait aussi réduire les risques d’une pandémie. Dans un article publié dans Philosophical Transactions of the Royal Society B : Biological Sciences en 2018, cinq chercheurs britanniques ont documenté comment la mondialisation (au moyen du nombre d’individus qui se déplacent) nous expose constamment à des pathogènes qui ne sont pas particulièrement virulents. Cette exposition renforce notre résistance de telle sorte que la probabilité de pandémies virulentes est réduite (sans être éliminée). La nécessité de considérer l’effet net (qui sépare l’effet d’une circulation plus rapide de l’effet de renforcement de résistance) est reconnue par les chercheurs, mais pas par les critiques idéologiques de la mondialisation.

PHOTO WILFREDO LEE, ASSOCIATED PRESS

L’aéroport international de Miami

Ensuite, il existe une relation assez bien documentée qui illustre qu’il y a une association positive marginalement décroissante entre le revenu par personne et le niveau de santé d’une population. Lorsqu’on s’enrichit, il est plus facile d’éviter les cas extrêmes de malnutrition et de jouir de diètes plus diversifiées. Il s’agit là d’un effet direct liant la richesse et la santé. Cependant, après un certain niveau de revenu, les gains en termes de santé personnelle provenant d’une augmentation du revenu s’amoindrissent. Il s’agit là d’une idée connue comme la « courbe de Preston », d’après Samuel Preston, qui l’a énoncée formellement au cours des années 70.

Cependant, il faut comprendre que la plupart des pays sur Terre se retrouvent sur la partie de la courbe la plus prononcée. Pour ces pays, les gains de la mondialisation en termes de santé sont les plus importants.

Ainsi, au moyen de l’effet qu’elle génère, la mondialisation a le pouvoir de contrebalancer l’effet provenant d’une plus grande facilité de propagation.

Ensuite, il faut noter deux effets indirects de la mondialisation. L’enrichissement qu’elle génère permet aux gouvernements de produire un éventail plus large de biens publics qui auraient été beaucoup trop dispendieux étant donné le manque de ressources disponibles (en l’absence de mondialisation). Ainsi, les gouvernements peuvent plus facilement investir dans des projets de santé publique ainsi que dans la recherche fondamentale.

Simultanément, ce même enrichissement est fortement corrélé avec la recherche et le développement. En effet, c’est dans les pays les plus riches que l’on retrouve les proportions les plus importantes du produit intérieur brut (PIB) qui sont allouées à la recherche et au développement de nouvelles technologies, particulièrement dans le domaine de la santé. Ainsi, ce sont les sociétés les plus riches qui peuvent investir dans la prévention et le traitement des maladies de l’appareil circulatoire et du cancer. C’est pour cela qu’on observe une augmentation continue de l’espérance de vie après 65 ans depuis les années 20 (de 78 à 83,8 ans chez les hommes).

Il y a très peu de documentation sérieuse liant systématiquement la mondialisation à une détérioration nette des conditions de santé.

Un survol de la littérature scientifique produite par les historiens économiques et les historiens de la santé suggère d’ailleurs que les dommages économiques et démographiques causés par les différentes pandémies du XXe siècle ont diminué en importance (relativement à l’économie et à la population mondiale).

Ainsi, il convient de mettre de côté ces critiques de la mondialisation qui se servent de la crise actuelle pour répéter ce qu’ils auraient dit de toute façon.

* Tous les articles que je cite explicitement ou implicitement dans ce texte seront disponibles en lien sur mon site web personnel.