Aujourd’hui, je suis enceinte de 41 semaines et trois jours de mon premier enfant. Ça, c’est qui se passe dans ma petite vie. Parallèlement, dans la société, la COVID-19 fait des ravages et les Québécois ont reçu la directive de rester à la maison pour « aplanir la courbe ». Je vous fais part de mon état d’esprit des derniers jours sur la conciliation de ces deux situations exceptionnelles.

Sophie Robichaud
Future maman et chargée de projet en environnement

Dépasser sa date prévue d’accouchement pour une première grossesse, ce n’est pas exceptionnel, mais ça veut dire que le compte à rebours est enclenché avant un déclenchement. Le découragement s’installe alors que mon idée d’accoucher spontanément s’efface d’heure en heure.

Tranquillement, je fais le deuil de ce que j’avais imaginé comme accouchement. Je ne peux m’empêcher de penser que le taux d’intervention médicale plus invasive augmente lors d’un déclenchement, et mon stress monte d’un cran. Si c’était seulement ça…

Car il y a aussi ce qui se passe en parallèle dans la société qui s’ajoute à tout cela. La COVID-19. Dans les prochains jours, je vais devoir passer beaucoup de temps à l’hôpital, au cœur de cette pandémie, avec un petit bébé naissant tout fragile et apprendre à être parent à travers tout ça.

Visites interdites

Déjà, avant même le grand moment de la naissance, il faut faire des ajustements à cause du virus. Les hôpitaux ont interdit, avec raison, les visites dans les maternités à seulement une personne-support pour la naissance. Ce qui veut dire qu’au-delà du conjoint, bye-bye la doula, sayonara la photographe et adios les visites des proches après la naissance.

Dans mon cas, nous avions prévu vivre ce moment à deux, mais imaginez devoir revoir votre plan de naissance à quelques heures ou à quelques jours seulement de vivre cette expérience alors que vous y pensez depuis neuf mois ! C’est un stress de plus dans la longue liste de stress de la nouvelle maman. Mais bon, je consens que ce n’est pas la fin du monde.

Voilà où ça devient plus sérieux. À court terme (dans les prochains jours), le personnel des hôpitaux devra bien évidemment respecter les directives de retrait préventif s’il a voyagé dernièrement ou s’il présente des symptômes grippaux. On peut donc s’attendre à ce que les hôpitaux fonctionnent à effectif encore plus réduit qu’en situation normale.

Comment cela se traduira-t-il pour la qualité des soins en obstétrique ? Difficile à dire, et c’est ce qui est inquiétant.

À plus long terme (d’ici une ou deux semaines), si la situation s’aggrave, on peut s’attendre à ce que les soins soient moins accessibles et complets à cause de la surcharge du réseau de santé. La santé des femmes enceintes et des bébés pourrait donc être mise à mal, puisqu’une naissance, ça ne se retient pas. Tsé, lorsque les médecins disent qu’ils devront faire des choix déchirants si la courbe de contamination s’emballe, c’est aussi ça que ça veut dire. On sauve bébé ou grand-maman ? C’est cru, mais c’est exactement ce qui se passe en Italie.

Alors, pour ne pas mourir de peur, je tasse ces idées de mon esprit et me dis que la naissance ira bien et que nous rentrerons à la maison rapidement, mais ici aussi, une tonne de questions se posent. Le gouvernement du Québec martèle dans les médias de ne pas visiter nos aînés, puisqu’ils sont plus vulnérables. Un bébé naissant, alors ? N’est-il pas tout autant vulnérable ou plus encore qu’un aîné ?

Nous savons que les poumons d’un bébé prennent beaucoup de temps à être matures. Le bébé prend quelques semaines pour peaufiner sa respiration. Or, la COVID-19 est un virus pulmonaire. En tant que parents, nous avons le réflexe de protéger nos petits. Je ne peux m’empêcher de me demander s’il est sécuritaire d’avoir des visites dans les premières semaines suivant la naissance sur fond de pandémie, mais personne n’a de réponse sur le risque réel pour les bébés par manque de données probantes. Il y a très peu de cas rapportés au sujet des bébés, encore moins sur les bébés naissants.

Il semble que le risque pour les jeunes enfants soit faible, mais sur combien de cas nous basons-nous pour tirer cette conclusion ? Cinquante ? Qu’en est-il pour un bébé de moins de 1 mois ?

D’une autre côté, nous voulons partager ce moment heureux avec nos familles et amis, comme tout nouveau parent ! Nous ne voulons pas briser le cœur des nouveaux grands-parents, mais où tracer la ligne pour assurer la sécurité de mon bébé alors que quelqu’un peut être infecté pendant deux semaines avant d’avoir des symptômes ? Je n’ai toujours pas la réponse à cette question.

Bref, mon esprit tourne beaucoup ces derniers jours. J’espère que ma nouvelle famille et toutes celles qui vivront le même moment pendant la crise n’en subiront pas les contrecoups. Mes pensées vont à toutes les femmes enceintes qui accoucheront pendant cette folie.

Alors, au risque d’être répétitive, même si vous n’êtes pas dans la population vulnérable, évitez tout déplacement et lieu public dans les prochains jours. Respectez les consignes en place ! Pour l’amour des petits bébés.