La télémédecine a un impact croissant sur les soins de santé au Canada.

Mark Dermer et Julien Martel
Respectivement directeur médical et responsable de la protection de la vie privée chez Dialogue Technologies, et directeur médical de Dialogue Technologies*

Grâce aux applications pour téléphones intelligents, les patients peuvent se connecter aux médecins par vidéoconférence et bénéficier d’une visite virtuelle qui ressemble étrangement à celle d’une salle d’examen.

Avec la propagation de COVID-19 au Canada, une innovation qui s’est distinguée par un gain de temps considérable peut désormais littéralement sauver des vies. Mais pour profiter de cette occasion, nous devons reconnaître l’importance de la télémédecine et prendre des mesures pour la mettre en œuvre immédiatement.

Les avantages de la télémédecine se situent dans trois domaines clés : la prévention de la transmission, la fourniture de soins à distance et l’augmentation des ressources humaines disponibles dans le secteur de la santé.

L’avantage le plus évident de la télémédecine lors d’une épidémie est que les patients et les prestataires de soins peuvent se rencontrer sans risque de se transmettre l’infection. Un médecin n’a jamais à s’inquiéter qu’il est en train d’infecter des patients lorsque nous les rencontrons au moyen de leur téléphone intelligent.

En outre, en soignant les patients malades lorsqu’ils sont chez eux, nous leur évitons de devoir sortir en public. Cela protège les personnes avec lesquelles ils interagissent lorsqu’ils se déplacent d’un endroit à l’autre et dans les salles d’attente. Pour ceux qui ne sont pas malades, nous les protégeons de la nécessité d’attendre avec ceux qui le sont.

La télémédecine ne contribue pas seulement à prévenir la maladie, elle permet également de la surveiller et de la traiter. Cela permet d’éviter d’utiliser inutilement nos ressources limitées en matière de salles d’urgences et d’hôpitaux.

Les moyens par lesquels la télémédecine augmente notre offre de professionnels de la santé sont plus subtils, mais aussi d’une importance capitale.

Premièrement, l’élimination de la transmission potentielle de l’infection du patient au prestataire de soins contribue à maintenir en bonne santé nos rares médecins et infirmières. Ils ne nous seront d’aucune utilité s’ils sont atteints de la COVID-19.

Mais il n’est pas nécessaire qu’un travailleur de la santé soit malade pour être inutile : une fois qu’une personne est mise en isolement, elle est incapable de fournir des soins en personne aux patients. Mais s’ils sont isolés et se sentent bien, les travailleurs peuvent fournir des services de télémédecine sans risque de faire circuler la maladie. Nous devons rapidement permettre à ce groupe de travailler à distance.

L’avantage le moins connu de la télémédecine est qu’elle ne nécessite pas de temps de déplacement ; il est possible pour les médecins et les infirmières de travailler à domicile une heure ou deux à la fois. Ces heures sont souvent passées en soirée ou le week-end, ce qui leur donne une capacité bonifiée à s’occuper des patients. À une époque où nous pouvons prévoir que nos ressources seront sollicitées au maximum, nous ne pouvons pas nous permettre de négliger cette possibilité.

Nous disposons de solutions de télémédecine, tant publiques que privées, qui peuvent être étendues pour contribuer à la réponse du Canada à une pandémie.

Toutefois, nous avons besoin d’une action rapide de la part des décideurs en matière de santé dans trois domaines.

L’approvisionnement

Au moins une partie de la capacité technique dont nous avons besoin devra provenir des entreprises de télémédecine existantes. Nos élus et nos décideurs gouvernementaux vont devoir mettre de côté leurs « meilleures pratiques » habituelles et utiliser les pouvoirs d’urgence pour commencer immédiatement à acquérir des capacités qui peuvent éviter des morts inutiles.

Norme de soins

Normalement, les régulateurs ne permettent pas aux médecins et aux infirmières d’éviter un examen physique obligatoire d’un patient juste parce que nous voyons le patient par télémédecine. Mais en cas de pandémie, nous devons calculer ce qui est le plus risqué : éviter l’examen au stéthoscope de la poitrine du patient ou l’envoyer en public et dans une salle d’attente bondée. Les régulateurs, les chercheurs et les responsables d’organisations doivent reconnaître publiquement que, dans l’intérêt de la réduction globale des risques, la norme de soins sera temporairement adaptée aux réalités d’une épidémie.

Rémunération des médecins

Pour la grande majorité des Canadiens, la télémédecine n’est pas assurée par l’État. Cela signifie que le patient ou une tierce partie doit payer le médecin. Mais si nous attendons des médecins qu’ils substituent la télémédecine aux soins conventionnels pour tous les Canadiens pendant une pandémie, nous avons besoin de règles de paiement provisoires pour permettre cela.

La COVID-19 est une menace qui se développe rapidement et qui nécessite une action exceptionnelle. La télémédecine est une innovation qui peut constituer une part importante de notre réponse si nous en reconnaissons le potentiel et si nous l’exploitons immédiatement.

* Mark Dermer est médecin de famille à Ottawa et Julien Martel est omnipraticien aux urgences du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.