La lettre s’adresse à l’ombudsman de la Société Radio-Canada

Janine Gagnon-Corbeil Janine Gagnon-Corbeil
Psychologue

J’ai regardé le documentaire Ces femmes qu’on tue tant annoncé sur le problème du féminicide au Québec, documentaire animé par Céline Galipeau. Au-delà de témoignages émouvants et de prestations de grande qualité de certaines des personnes invitées, j’ai été consternée par la façon cavalière et incompétente avec laquelle la psychothérapie pour hommes violents y a été traitée.

Ainsi, dans ce Québec « qui tire de l’arrière » (assertion de Céline Galipeau) pour la problématique de la violence faite aux femmes, sait-on que des centres de thérapie pour hommes violents existent au Québec depuis près de 35 ans ? L’organisme Option, une alternative à la violence conjugale et familiale a été fondé en 1986.

Sait-on que, pour la majorité de ces centres de traitement, les homicides depuis 35 ans sont à peu près inexistants, considérant que le risque zéro est impossible, que ce soit pour les policiers, les officiers de probation ou autres intervenants qui ont à transiger avec ces problématiques ?

Ces statistiques sont impressionnantes et doivent être tenues en considération. Elles font partie du phénomène dont on parle ici ; les oblitérer non seulement fausse la perspective, mais nuit passablement à la solution d’un drame collectif, sans compter qu’on galvaude allègrement une profession légalement reconnue par l’Office des professions du Québec, l’Ordre des psychologues du Québec.

Chacun son expertise

Ce n’est pas à la présidente de la Fédération des maisons d’hébergement qu’il revient de se prononcer publiquement sur les mérites des différentes sortes de psychothérapie, quelles que soient ses compétences dans son propre domaine par ailleurs. Si, comme personne, madame a droit à ses opinions personnelles, ce n’était pas responsable de la part d’une institution comme Radio-Canada de la choisir comme porte-parole sur la question de la psychothérapie pour hommes violents.

Nous ne sommes pas ici avec un média de type Facebook où n’importe qui peut se prononcer sur à peu près tout.

Dommage que des professeurs d’université, des psychologues cliniciens et des psychothérapeutes conjugaux et familiaux qui ont participé à la mise en place de groupes de thérapie pour auteurs de violence conjugale n’aient pas été invités au débat.

C’est ce type de compétence que nous serions en droit d’attendre d’un diffuseur public qui est une société d’État. De plus, nous devons bien à tant de ces femmes violentées et assassinées de reconnaître l’expertise qui existe déjà au Québec. Comme le disait fort à propos l’une des invitées, si les hommes sont le problème, ils font partie de la solution.

Pendant un certain nombre d’années, je suis intervenue à titre de consultante pour un organisme de traitement de la violence familiale et conjugale, l’organisme Option, une alternative à la violence conjugale et familiale. J’ai été frappée tant par la lourdeur des problématiques auxquelles ces intervenants font face quotidiennement que par leur souci constant de perfectionnement. Parmi les stress traumatiques secondaires que ces intervenants vivent, il y a l’histoire personnelle et familiale que beaucoup de ces hommes violents ont subie dans leur enfance.*

À titre d’information, la majorité des cas qu’ils traitent sont judiciarisés, c’est-à-dire que la DPJ et la cour au criminel sont impliquées. À titre d’information également, certains de ces intervenants ont exporté leur expertise en Europe francophone. Là-bas, le Québec est vu comme étant à l’avant-garde dans le domaine du traitement de la violence conjugale et familiale.

* Voir « La fatigue de compassion chez les intervenants qui transigent avec la violence familiale », dans Intervenir auprès des conjoints violents, Broué et Guèvremont, 1999