Le Canada a connu, pendant ce mois de février 2020, une crise de grande ampleur qui a affecté l’économie du pays en général et de certaines régions en particulier, en plus de raviver les tensions, toujours latentes, entre les membres des Premières Nations et les autres habitants du Canada. À l’issue de cette crise, après le démantèlement des barricades qui obstruaient certaines voies ferrées, un certain nombre d’Autochtones et de non-Autochtones ont lancé un appel à la réconciliation.

Marc Simard Marc Simard
Historien et Wendat

Mais cet appel se heurte à plusieurs problèmes structurels : d’abord, le fait qu’un grand nombre de citoyens canadiens ont été fort irrités par le comportement des militants autochtones, qui agissaient comme si les lois du pays ne s’appliquaient pas à eux et qui, il faut bien l’avouer, ont pris tout leur temps pour démanteler leurs installations, dans le but non avoué mais parfaitement clair de faire suer les « Blancs ». Ensuite, le fait que le comportement des militants, qui en appelaient au non-respect des lois et qui traitaient les citoyens canadiens de colonialistes, s’accorde assez mal avec une cohabitation paisible et respectueuse.

Enfin, comme l’inaction des gouvernements et des corps de police l’a démontré, il n’existe pas de mécanisme de sortie de crise dans des cas comme ceux-ci, outre la violence, qui aggraverait la situation, et la négociation assortie de patience, qui ne repose que sur la bonne volonté des militants et exaspère la population par sa lenteur.

Avec plus de 600 nations ou bandes indiennes et une population de 1,4 million d’Autochtones en forte croissance et répartis sur l’ensemble du territoire, et le désir d’une proportion croissante de ceux-ci de participer au développement économique tout en préservant leurs droits, il est clair que le Canada ne peut plus procéder au cas par cas, de crise en crise. Il doit se doter d’un mécanisme destiné à gérer l’ensemble des revendications territoriales des Autochtones et à régler les conflits entre les projets de développement et le respect des droits des Premières Nations.

L’exemple de la Nouvelle-Zélande

En ce sens, le Canada pourrait s’inspirer de la Nouvelle-Zélande, où on a mis en place en 1975 le tribunal de Waitangi, dans un contexte où les relations entre les autorités et les Pahekas (non-Autochtones) d’une part, et les Maoris se trouvaient dans une situation de crise à la fois latente et aiguë. Ce tribunal a fourni une procédure légale pour analyser les griefs des Autochtones en ce qui concerne les violations du traité de Waitangi, signé par les Maoris et la Couronne en 1840. Paritaire (autant de Maoris que de Pahekas), il établit la validité des griefs puis transmet ses recommandations de compensation ou de restitution au gouvernement.

Il a grandement apaisé les relations entre les Autochtones et les non-Autochtones et a redonné au gouvernement une voie légale et reconnue par toutes les parties pour régler les problèmes.

Le Canada pourrait se doter d’un tribunal de ce type et élargir sa compétence au-delà des questions territoriales, à celles du développement des ressources naturelles dans le respect des droits des Autochtones, entre autres. Il aurait aussi comme grand avantage sur la situation actuelle, où on ne sait plus très bien qui représente qui, de donner une voix à toutes les parties impliquées dans un conflit. 

Dans un pays comme le Canada, dont la prospérité et la paix sociale reposent largement sur l’exploitation des ressources naturelles, ça ne serait certainement pas un luxe.