Partout sur le territoire, les noyaux villageois et les rues principales, dans nos grandes et petites villes, font face à des transformations importantes. La vacance commerciale, la perte d’animation, la disparition de lieux d’appartenance, de partage et d’échanges pour nos communautés s’accélèrent. On voit trop de locaux abandonnés, de vitrines désolées, de trottoirs désertés. Trop souvent, les écoles, bureaux de poste et autres services publics n’ont plus pignon sur nos rues principales.

Christian Savard Christian Savard
Président exécutif de Rues principales, et cinq autres signataires*

Le commerce en ligne monte en flèche et les mégacentres commerciaux se multiplient, augmentant les offres commerciales concurrentes pour les commerces de proximité, et les kilomètres parcourus par les consommateurs. On s’étale et on s’éteint.

La vitalité des noyaux villageois et des artères commerciales est un enjeu pour les commerçants, mais c’est aussi une question sociale, environnementale et patrimoniale : la rue principale est souvent l’âme de la collectivité et l’ancrage de son identité.

Nombreux sont les villages et les villes qui ont récemment eu à déplorer la perte d’un élément important de leur patrimoine bâti. On démolit nos églises et on abandonne nos bâtiments patrimoniaux sans prendre pleinement conscience de la richesse identitaire et historique perdue ni de l’impact de ces destructions sur la cohérence de l’ensemble.

Nos cœurs de villes et villages souffrent, partout au Québec.

Pour une vision d’ensemble

Pour ranimer durablement nos centres-villes et nos villages, nous devons agir ensemble et sur plusieurs leviers. La mobilisation locale pour valoriser et revitaliser le territoire est palpable : on sent une énergie nouvelle à l’origine de microbrasseries, de fromageries, de commerces locaux, un peu partout sur le territoire. On voit des maires, des commerçants et des citoyens qui se retroussent les manches.

Mais les collectivités ont besoin d’un geste fort de l’État.

Préoccupés par la santé de nos collectivités, nous lançons aujourd’hui un cri du cœur au gouvernement du Québec : il faut s’attaquer à ce marasme généralisé et se doter, dans la prochaine année, d’un plan d’action gouvernemental pour nous donner une vision d’ensemble. C’est aussi l’avis de quelque 150 professionnels, élus et experts de secteurs liés qui se sont rassemblés la semaine dernière lors du Forum Cœurs de villes et villages.

Le gouvernement du Québec doit notamment investir pour soutenir nos artères commerciales et nos noyaux villageois, et permettre aux parties prenantes de développer des solutions appropriées en fonction des enjeux présents dans les différents milieux. Mais il faudra aussi rééquilibrer la fiscalité et rouvrir le pacte fiscal.

Et sans doute plus que tout, il est temps d’assurer la cohérence dans les choix d’aménagement, qu’ils soient publics ou privés, et de se doter d’une politique d’aménagement du territoire, un enjeu essentiel pour revitaliser nos cœurs de villes et villages.

La problématique est complexe. Pour y répondre, il faut réunir l’expertise d’élus municipaux, de regroupements de commerçants et d’experts des secteurs de l’aménagement du territoire, du développement économique, de l’économie sociale, de la protection du patrimoine, des problématiques sociales et de la lutte contre les changements climatiques. C’est ensemble, dans un effort concerté et coordonné, que nous pourrons identifier les principales actions à poser pour renverser la tendance et sauver nos cœurs de collectivités.

Qu’il s’agisse de nos artères commerciales montréalaises, des centres-villes de nos petites, moyennes et grandes villes ou de nos noyaux villageois, c’est la vitalité et l’identité de nos collectivités qui sont en jeu.

* Signataires, membres fondateurs de la Coalition Cœurs de villes et villages : Christian Savard, président exécutif de Rues principales ; Renée Genest, directrice générale, Action patrimoine ; Caroline Tessier, directrice générale, Association des sociétés de développement commercial de Montréal ; Béatrice Alain, directrice générale, Chantier de l’économie sociale ; Jean-Pierre Bédard, président, Regroupement des sociétés de développement commercial du Québec ; Jeanne Robin, directrice principale, Vivre en Ville