Ce n’était qu’une question de temps avant que quelqu’un, quelque part, ou une municipalité décide de faire bouger les choses avec le fameux Publisac.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Collaboration spéciale

Avec les années, ce sac de circulaires est devenu une véritable institution pour les ménages québécois. Mais avec les obligations environnementales qui nous pendent au bout du nez, le Publisac a mal vieilli après 42 ans d’existence.

Le 5 décembre dernier, la Commission sur l’eau, l’environnement, le développement durable et les grands parcs de la Ville de Montréal a recommandé l’option d’adhésion, l’opt-in, pour la distribution des circulaires à Montréal. Un projet de règlement pourrait être présenté à l’hôtel de ville cet hiver.

Cette décision ne surprend pas outre mesure. Avec notre conscience collective pour notre planète, la distribution hebdomadaire du fameux sac en plastique blanc dérange. 

Un problème environnemental

Même si le nouveau sac est dorénavant fabriqué à 100 % de déchets plastiques recyclables, le Publisac demeure affreusement visible un peu partout, et surtout, il génère énormément d’ordures : plus de 180 millions de sacs en plastique et 100 000 tonnes de déchets par année au Québec. Le scénario actuel se défend difficilement. Même Transcontinental, distributeur du Publisac, l’avoue.

Le Publisac représente potentiellement un problème environnemental, mais pour l’alimentation des Québécois, il véhicule des renseignements importants pour une multitude de ménages sur tout le territoire, aussi bien en région que dans les grandes villes. 

Plus de 40 % des circulaires du Publisac portent sur l’alimentation. Les citoyens consultent ces circulaires, semaine après semaine, pour éclairer leurs décisions d’achats. D’ailleurs, selon un sondage de l’Université Dalhousie, plus de 68 % des ménages québécois consultent régulièrement les circulaires de nos détaillants alimentaires. De ces 68 %, 89 % représentent des ménages québécois à faible revenu.

À l’aube de la nouvelle année, afin de contrer les effets pervers de l’inflation alimentaire, de nombreuses personnes ont la volonté de consulter les circulaires plus souvent. 

D’ailleurs, 2020 risque d’être la troisième année consécutive où le taux d’inflation alimentaire dépasse celui de l’inflation générale. Un récent sondage d’Angus Reid révélait que 53 % des ménages québécois prévoyaient utiliser davantage les circulaires et les coupons pour économiser au supermarché. Cela représente de loin le plus haut niveau au Canada.

À première vue, le fameux opt-in peut sembler une solution démocratique qui donne le choix aux consommateurs. Mais pour ceux qui en ont vraiment besoin, rien ne garantit leur adhésion au service une fois que le nouveau règlement entrera en vigueur.

En tentant de sauver la planète, plusieurs oublient que le Publisac influe énormément sur la concurrence et les conditions du marché alimentaire québécois. Les conditions du marché se laissent lourdement influencer par l’information que les consommateurs ont en leur possession.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le Publisac a mal vieilli après 42 ans d’existence, juge notre collaborateur.

Avec un Publisac distribué partout, les détaillants doivent conjuguer avec un marché informé. La concurrence est si forte entre les détaillants que certains offrent près de 200 produits alimentaires au rabais chaque semaine.

Autrement dit, le Publisac, comme les autres circulaires ailleurs au pays, crée une pression à la baisse sur les prix à la consommation et aide le consommateur à épargner.

De plus, certaines enseignes égalisent les prix des circulaires de leurs concurrents.

Avec les circulaires, plusieurs décisions se prennent avant même qu’une visite se fasse au magasin. Les consommateurs avisés s’outillent d’une stratégie d’achat avant de se présenter au supermarché. Les consommateurs avertis, ceux qui fouinent dans les circulaires chaque semaine peuvent économiser plus que quiconque.

La lente progression de l’information numérique

Il existe toutefois les circulaires numérisées et une panoplie d’applications qui aident les consommateurs à mieux comprendre la valeur des produits alimentaires. Malgré cela, même à l’aube de 2020, plusieurs ménages, surtout les moins nantis, ne peuvent y accéder ou n’ont pas le réflexe de consulter les circulaires en ligne. Il faut leur donner du temps.

Le fameux opt-in changerait vraisemblablement les règles du jeu, et le consommateur y perdrait. L’inflation alimentaire durant les prochaines années au Québec dépassera probablement les prévisions de 4 % si l’accès à l’information pour les consommateurs est compromis d’une façon ou d’une autre.

La ville d’Halifax a considéré l’option d’une adoption volontaire en 2018 et a conclu qu’elle ne respecterait pas la liberté d’expression des détaillants et limitait les choix pour les consommateurs. Personne n’est contre la numérisation des circulaires. 

D’ailleurs, 94 % des ménages ont présentement accès à l’internet, mais l’utilisation de l’information numérique n’est pas encore pratique courante, qu’on le veuille ou non.

Encourager les consommateurs à consulter les circulaires numérisées est souhaitable pour l’environnement et pour nos communautés, mais cette transition doit se faire dans le respect, et nos choix ne doivent pas empêcher un accès à l’information démocratique et égalitaire.

Encourager les gens à opter pour une annulation volontaire demeure la meilleure feuille de route vers un équilibre entre notre bien-être économique et nos obligations environnementales.