Claude Castonguay a fait une très intéressante analyse des résultats des dernières élections dans un texte publié jeudi dernier. Il avance des perspectives qui rejoignent en partie les miennes et qui ne me paraissent pas irréconciliables.

Gilles Duceppe Gilles Duceppe
Ancien chef du Bloc québécois

Il affirme que les indépendantistes ont rejeté l’option de la séparation, alors que je crois plutôt que l’idée du pays est toujours présente chez les indépendantistes et qu’elle est également partagée par environ le tiers des Québécois. Les indépendantistes ne croient toutefois pas qu’une telle chose puisse se réaliser dans un avenir prévisible. Claude Castonguay arrive d’ailleurs à la même conclusion quant à la solution qu’il propose dans son texte, à savoir « un Canada décentralisé ».

Il est prudent, alors que je me considère comme un optimiste modéré !

Je suis ainsi, car je constate que l’histoire nous enseigne qu’il n’y a pas de choses surprenantes, mais que des choses inattendues qui sont survenues au cours de l’évolution de l’humanité.

J’en veux pour exemple le mur de Berlin : ce ne fut pas surprenant qu’il tombât, car tous les ingrédients nécessaires à sa chute étaient présents, mais pourquoi en novembre 1989 ? C’était inattendu !

L’inattendu ne tient toutefois pas du hasard, encore faut-il que des hommes et des femmes aient conservé leurs convictions et aient posé des gestes pour maintenir l’espoir et préparer ainsi l’avenir.

Cinq entités ou cinq pays ?

Claude Castonguay propose « que le pays soit constitué de cinq entités distinctes, chapeautées par un gouvernement fédéral assumant uniquement les missions communes essentielles ». Les cinq entités dont parle Claude Castonguay sont la Colombie-Britannique, les Prairies, l’Ontario, le Québec et les Maritimes. Or, ces cinq entités furent reconnues dans la Loi concernant les modifications constitutionnelles sanctionnée par le Parlement canadien le 2 février 1996.

Je reconnais comme Claude Castonguay l’existence de ces cinq entités, mais je les conçois plutôt tels cinq pays souverains faisant partie d’une Union canadienne, comme l’a proposé René Lévesque en 1967 dans un manifeste intitulé Pour un Québec souverain dans une nouvelle union canadienne.

Les propositions faites par les souverainistes ont toujours maintenu une forme de relation avec le Canada, car le projet de pays n’a jamais été un projet de repli ou d’isolement, mais bien plutôt d’ouverture sur le monde, particulièrement avec nos voisins, car l’indépendance du Québec ne changera pas la géographie !

Rappelons également que les Québécois ont découvert le monde lors de la Révolution tranquille et que le monde a simultanément découvert le Québec. Les Québécois ont aussi appuyé très fortement le libre-échange avec nos voisins américains.

L’accès à l’indépendance n’est donc pas le rejet des autres, mais une volonté de participer pleinement à la vie internationale.

Mais, comme disait Mitterrand, « pour participer pleinement à un grand ensemble, encore faut-il exister ». Le Québec n’est ni supérieur ni inférieur aux autres entités constituant le Canada. Cependant, la préservation et l’épanouissement de son caractère distinct exigent que le Québec ait un point d’ancrage sur la planète qui lui soit propre, ce qui s’appelle un pays.

Quel type d’union ?

Je crois que la nouvelle Union canadienne devrait s’inspirer de l’Union européenne et du Canada actuel.

Il faut, comme dans l’Union européenne, que les entités constituantes soient des pays souverains qui se rencontrent dans un Parlement fédéral comme celui de Strasbourg.

Il faudrait éviter par ailleurs d’accorder des pouvoirs considérables et injustifiés à une bureaucratie comme celle qui existe, pour ne pas dire qui sévit, à Bruxelles. Le pouvoir doit appartenir aux élus.

Il faut, comme au Canada, maintenir un Parlement fédéral, sans Sénat cependant, dont les pouvoirs seraient octroyés par les cinq pays constituant l’Union canadienne. Parmi ces pouvoirs, il me semble que le maintien d’une monnaie commune et d’une douane commune impliquant la libre circulation des personnes aille de soi.

L’élimination des barrières commerciales comme il en existe actuellement entre les provinces serait un pas dans la bonne direction.

Le maintien d’une armée commune dont la direction reviendrait à tour de rôle à chaque pays constituerait également un avantage pour chaque pays. Les pouvoirs en matière d’affaires étrangères relèveraient par ailleurs de chacun des pays.

Les relations avec les Premières Nations ne pourront être établies que par un dialogue de nation à nation basé sur les principes contenus dans la Charte des droits des peuples autochtones de l’ONU. Le statut des trois territoires (le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut) doit être réglé dans le cadre de ces discussions.

Voilà très brièvement quelques idées pour faire suite à celles émises par Claude Castonguay afin de faire avancer le débat.

>Lisez le texte de Claude Castonguay « Vers un Canada décentralisé »