Ce qui est toxique, c'est l'humiliation

Fleurs et toutous ont été déposés à Granby... (PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE)

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Fleurs et toutous ont été déposés à Granby à la mémoire de l'enfant de 7 ans morte à la suite de mauvais traitements, ce printemps.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

MARIE CHRISTINE HENDRICKX

Membre du Mouvement ATD Quart-Monde, un mouvement international de lutte contre la grande pauvreté

En réplique à la chronique de Patrick Lagacé du 7 juin dernier.

Il faut du temps pour reprendre ses esprits après avoir lu la chronique de Patrick Lagacé « Il y a des gens qui ne devraient jamais avoir d'enfants ». Il y a là une telle charge contre ces parents dit « incapables » que j'en suis restée sonnée. Et puis, j'ai décidé d'écouter cette petite voix intérieure qui me presse d'essayer de répondre à ces terribles accusations.

Le drame de la petite fille de Granby est terrible. Et il y a cette maman, très fragile au niveau de sa santé mentale, vers laquelle les micros se sont tendus, probablement pour la toute première fois de sa vie. Comment peut-on en vouloir à cette femme de crier de toutes les façons possibles qu'elle aime sa fille, même si elle n'a pu elle-même ni en prendre soin ni la protéger ? Bien sûr, c'est sorti tout croche. M. Lagacé devrait faire la leçon à ses collègues journalistes, ce sont eux qui lui ont tendu le micro sans égard aux risques que cela comportait pour elle, en tout premier lieu.

Quand on connaît ces parents dont parle M. Lagacé, quand on les côtoie pour habiter, par exemple, dans un quartier défavorisé, on réalise que ce qui cause un grand tort, c'est la pauvreté socioéconomique, mais aussi culturelle et surtout sociale.

Nous sommes, pour la plupart d'entre nous, d'assez bons parents parce que nous sommes entourés et nous profitons de multiples influences et supports qui nous guident, nous confortent et nous réconfortent.

Nous avons en quelque sorte un village autour de nous. Les bilans de la DPJ le soulignent clairement : c'est la négligence qui est en cause dans une majorité de placements, et non les mauvais traitements caractérisés.

Et à quoi ressemble-t-elle, cette négligence ? Des enfants qui très tôt se retrouvent dans la rue plutôt que dans un logement surpeuplé et sans cour, des enfants qui apprennent à se débrouiller assez vite par eux-mêmes, alors que d'autres vivent dans une bulle hyper protégée. Et dans notre environnement de plus en plus aseptisé, la négligence est aussi basée sur des critères sanitaires, comme en témoigne cet élément à charge dans un dossier de parent : « Les débarbouillettes côtoient les deux litières à chat dans la salle de bain. »

Le lien de confiance

Pour protéger les enfants, nous devons bâtir un lien de confiance avec ces parents vulnérables le plus tôt possible. « Nous », c'est à dire les CPE (qui pour un grand nombre ont bien du mal à accueillir ces familles, ne serait-ce qu'à cause d'une rigidité des horaires), l'école, les intervenants sociaux, mais aussi le voisinage et nous tous qui croisons leur route. Ce qui est toxique, c'est l'humiliation, et l'enfant - ultrasensible à la manière dont on juge son parent - est très tôt initié à ce que veut dire humilier.

Ma réponse est bien incomplète. Je souhaite seulement qu'en lieu et place de jugements exprimés à chaud, on essaie de comprendre une autre réalité de vie que la nôtre, nous qui n'avons pas cette expérience de la pauvreté, parfois transgénérationnelle. Il est vraiment urgent de construire ce « village » de bienveillance autour de chaque famille.




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