Pour certains, ce n’est pas grand-chose. C’est simplement une obligation, une perte de temps ou peut-être même un oubli, car ils n’iront pas voter.

Nicolas Cabrera
Nicolas Cabrera Canado-Chilien en quête de justice

Pour d’autres, c’est un privilège. C’est une façon de contribuer à construire une société dans laquelle on est fier de vivre. C’est un besoin de se faire entendre. Un outil pour construire un avenir libre et égal pour tous.

Lundi, j’ai voté.

Je suis allé voter alors que dans mon pays d’origine, les gens se font violenter par des soldats, le peuple crie à l’injustice, et le président instaure un environnement de peur, de violence et de guerre. Mon pays d’origine, c’est le Chili. Et pourtant, lundi, ce n’était pas l’an 1973.

Lundi, j’ai voté.

Je suis allé exercer mon devoir de citoyen. La veille, le président Sebastián Piñera s’est permis de dire que le Chili était en guerre. Il a pris le temps de se présenter au podium et de dire, presque mot pour mot, le même énoncé que le dictateur Augusto Pinochet a prononcé devant une société opprimée, en détresse et à la recherche de justice il y a plus de 40 ans de cela.

Lundi, j’ai voté.

J’ai voté avec honneur et surtout en pensant à tous ces gens qui n’ont pas pu se faire entendre lors de la dictature au Chili, ceux qui ont disparu, car ils ont eu le courage de crier à l’injustice. 

Ceux qui, à ce jour, cherchent encore leur frère, leur sœur ou leur père ; ceux qui ont survécu à la violence, la torture et la peur. Je vote pour eux et leur honneur.

Lundi, j’ai voté.

J’ai voté et maintenant j’écris ces quelques mots pour me faire entendre de tous. Je refuse de voir une telle injustice au Chili. Le peuple chilien en a eu assez. Le peuple chilien s’est réveillé et ne se laissera pas faire. Déjà 15 morts depuis cinq jours. C’est 15 morts de trop. Monsieur le Président, admettez vos erreurs, soyez responsable de votre lâcheté et quittez La Moneda. Le peuple chilien ne veut pas une vulgaire imitation du déjà vulgaire Pinochet.

Lundi, j’ai voté.

Je suis fier de pouvoir voter. Je suis fier de mes parents. Je suis fier de mon pays. Je suis fier de mes origines et comme dirait le grand Allende : « Vive le Chili, vive le peuple, vive les travailleurs ! »

J’ai voté, je vote et je voterai.

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