Récemment, nous avons applaudi Greta Thunberg pour avoir galvanisé les manifestations sur l’absence d’action contre les changements climatiques. En même temps, cependant, nous l’avons avisée de ne pas se concentrer sur les politiciens.

Martha Hall Findlay Martha Hall Findlay
Collaboration spéciale*

Dans une démocratie, les politiciens doivent répondre à divers enjeux et besoins. Les changements climatiques n’en sont qu’un, peu importe l’importance que beaucoup de gens y accordent. 

Les gens peuvent être inquiets. Ils peuvent parler d’une « crise climatique », mais ils continuent de conduire des voitures, de chauffer leurs maisons, de se rendre à une école ou un lieu de travail. Les politiciens doivent y répondre et reconnaître aussi leurs besoins.

Ils doivent donc, outre les changements climatiques, s’occuper des emplois, de la prospérité économique, des services de base — santé, éducation, etc. Les politiciens doivent être réalistes par rapport à ce que leurs électeurs veulent et de ce dont ils ont besoin pour aujourd’hui, demain et la semaine prochaine — pas seulement ce qui peut se passer dans des décennies.

Nous avons parlé de la nécessité, pour tous ceux qui ont défilé avec Mme Thunberg, d’exercer leur pouvoir en tant que clients et en tant que consommateurs, mais qu’est-ce qui se passe dans le monde des affaires ? 

Certaines entreprises agissent : Costco a installé des systèmes solaires sur au moins 100 de ses entrepôts et certains magasins utilisent l’énergie solaire dans les parcs de stationnement. En 2017, Google a compensé toute la consommation d’électricité de ses bureaux et de son centre de données en ajoutant de l’énergie renouvelable au réseau. UPS se tourne vers les véhicules électriques.

Certaines subissent des pressions — de plus en plus d’investisseurs, à l’échelle mondiale, exigent que les entreprises fassent preuve d’amélioration dans leurs pratiques environnementales.

De plus en plus d’entreprises se rendent compte que pour obtenir ou garantir des investissements, elles doivent faire beaucoup mieux sur les plans environnemental, social et de gouvernance.

De plus en plus d’entreprises répondent à la demande des clients pour des mesures environnementales, pour la transparence, pour la durabilité. L’argent a un impact, mais nous devrions demander à plus d’entreprises de faire des actions — pas seulement parce qu’elles sont forcées de les faire. Et si ça a un effet positif pour les affaires, tant mieux.

Où sont les entreprises canadiennes dans ce débat ? Malheureusement, bien que certaines grandes entreprises répondent aux exigences mondiales en matière d’investissement, la plupart des entreprises canadiennes se comportent comme la plupart des Canadiens — en toute franchise, elles espèrent que quelqu’un d’autre prendra les mesures nécessaires. Mais tout comme les Canadiens, il ne suffit pas de montrer du doigt les autres ou d’espérer que d’autres seront forcés d’apporter des changements. Nous sommes tous dans le même bateau — au moins, nous devrions l’être.

Il y a quelques exceptions. En voici deux d’une provenance surprenante : le secteur de l’énergie de l’ouest du Canada. Bien que l’industrie pétrolière et gazière ait longtemps été (parfois à juste titre) considérée comme une ennemie du climat, des entreprises comme Shell, dont l’installation Quest près d’Edmonton a capturé et stocké en toute sécurité 4 millions de tonnes de CO2 au cours de ses quatre premières années d’exploitation — l’équivalent des émissions d’un million de voitures —, prennent des mesures concrètes pour renverser cette tendance. Les sites modernes de Modern Resources (Modern Ultra-Low Emissions, en anglais) ont éliminé les émissions de CO2 en remplaçant les générateurs d’énergie thermique de ses puits éloignés par de l’énergie solaire en utilisant des piles à combustible alimentées au méthanol, le tout en réduisant les coûts d’exploitation.

Si vous êtes une entreprise canadienne qui fait preuve de leadership en matière de climat, vantez-vous. Dites-le-nous, dites-le à vos clients, dites-le aux clients que vous voulez attirer. Si faire ce qu’il faut pour le climat est également bon pour les affaires, tant mieux. Les Canadiens doivent savoir qui fait quoi. Et peut-être que cela nous incitera tous à en faire plus.

* Martha Hall Findlay est présidente et chef de la direction de la Canada West Foundation et ancienne députée libérale fédérale.