La semaine dernière, le maire de Rimouski, Marc Parent, a demandé à ses citoyens d’appuyer le parti qui aurait le plus de chances de prendre le pouvoir.

Benjamin Ferland et Olivier Jacques Respectivement professeur adjoint à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa et doctorant en science politique à l’Université McGill

À son avis, les Rimouskois sont pénalisés depuis les années 90 puisque la région a été uniquement représentée par des députés issus de l’opposition. Le maire Parent avait même proposé au député fédéral sortant, le néo-démocrate Guy Caron, de se présenter sous la bannière libérale en vue des élections fédérales d’octobre afin de faire partie du gouvernement. Le député Caron a rapidement rejeté sa proposition. Selon M. Caron : « Ce n’est pas vrai qu’aujourd’hui, on téléphone à un ou deux ministres et on a 3 millions qui nous viennent comme cela des nuages. »

Au moment où il a articulé sa position, le maire de Rimouski avait probablement en tête le sommet du G8 tenu à Muskoka, en Ontario. Le gouvernement fédéral avait à l’époque dépensé plus de 50 millions de dollars dans la circonscription de Tony Clement, alors président du Conseil du Trésor. Cette somme était 10 fois plus élevée que ce que les autres régions du pays avaient reçu dans les années précédentes pour des sommets internationaux de même envergure. Grâce à ses doubles fonctions – de député et de président du Conseil –, M. Clement aurait ainsi su profiter de l’événement afin d’utiliser des fonds normalement consacrés à « l’amélioration des infrastructures frontalières » pour financer directement des projets d’infrastructures dans sa circonscription, une circonscription pourtant sans frontières internationales.

Le maire Parent a-t-il raison ?

Plusieurs peuvent penser que l’exemple de Tony Clement n’est qu’une anecdote et que les propos du maire Parent relèvent d’une autre époque.

Dans une étude à paraître, nous démontrons toutefois que les dépenses publiques en infrastructures sont souvent sujettes aux influences politiques.

Après examen de la distribution des projets financés par Infrastructure Canada depuis sa création, nos résultats indiquent qu’entre 2006 et 2015, les circonscriptions gouvernementales ont reçu systématiquement plus de financement public que les circonscriptions représentées par un député de l’opposition. 

Nos estimations montrent, qu’en moyenne, une circonscription gouvernementale recevra près de 7 millions de dollars de plus durant un mandat gouvernemental qu’une circonscription de l’opposition. De plus, ce sont les circonscriptions « sûres » qui sont le plus avantagées, soit celles qui élisent des députés par une marge de victoire confortable. Ces résultats confirment d’ailleurs des études précédentes ayant examiné le phénomène dans différentes régions du pays, mais également à l’étranger. Il semble donc que les gouvernements tendent à récompenser les électeurs les ayant appuyés au moyen de projets d’infrastructures publiques, tel que l’affirme le maire Parent.

Réforme dans l’attribution des projets

Notre étude indique toutefois que le pouvoir d’influence du gouvernement fédéral a probablement diminué récemment. En effet, une réforme administrative du gouvernement fédéral implantée en 2018 accorde maintenant entièrement aux provinces la responsabilité de cibler les projets à être financés par Infrastructure Canada. Cette décentralisation devrait donc éliminer toute possibilité de discrétion politique dans l’allocation des projets d’infrastructures, du moins par le gouvernement fédéral.

Bref, Marc Parent avait raison jusqu’à tout récemment. C’est donc le gouvernement de la Coalition avenir Québec, qui, à l’avenir, devrait être dans sa ligne de mire.

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