La lettre s’adresse au ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charette

Geneviève Dorval Membre d’Extinction Rébellion, ville de Québec

À l’occasion du premier anniversaire de mon fils, en août dernier, j’ai publié une lettre dans laquelle je lui faisais plusieurs promesses.

Je me suis entre autres engagée à ne jamais lui cacher la réalité sur l’état de notre environnement. Je lui ai promis de résister de mon mieux à la destruction du monde, par la désobéissance civile s’il le fallait, et à être pour lui le meilleur exemple possible de courage, d’activisme, de foi en l’humanité et de respect pour l’ensemble du vivant.

Monsieur le ministre de l’Environnement, l’automne est chaud, ne trouvez-vous pas ? Partout, les gens commencent à saisir l’urgence et à refuser le statu quo. Quelle magnifique journée ce fut, sous le soleil de septembre, pour marcher en société. La chaleur donne des envies de célébration, de mobilisation, de rébellion.

Depuis que j’ai publié ma lettre à mon fils, il y a seulement deux mois, certaines choses ont déjà profondément changé. J’ai reçu des centaines de messages de soutien, d’encouragement et de solidarité.

Des gens d’un peu partout, surtout des mères, ont pris la peine de m’écrire pour me dire qu’eux aussi sont rongés par l’inquiétude devant l’effondrement climatique et des écosystèmes. 

Comme vous le savez, des millions de personnes sont descendues dans les rues du monde entier pour exiger un avenir sain. Je ne me sens plus aussi seule et désespérée que je l’étais quand j’ai écrit à mon fils.

Des messages contradictoires

Malheureusement, depuis août, d’autres choses n’ont toujours pas changé. Les États envoient des messages des plus contradictoires, et ne se montrent décidément pas à la hauteur de la crise actuelle. Par exemple, votre gouvernement a adopté la déclaration d’urgence climatique le 25 septembre, mais vous avez affirmé le même jour, au mépris des experts, que construire le troisième lien à Québec permettrait de réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Vous étiez de la marche le 27 septembre à Montréal, après que M. Legault eut dit à notre jeunesse que « nous ne pouvons plus ignorer l’ampleur du défi environnemental », mais vous vous montrez favorable au projet Gazoduc/GNL dans un effort de justification qui transpire la mauvaise foi.

Dans votre plan d’action contre les changements climatiques, vous comptez déjà exempter les plus gros pollueurs du Québec de faire l’effort minimal de réduction de 4 % par année des gaz à effet de serre, une cible d’emblée médiocre.

Monsieur le ministre de l’Environnement, ne saisissez-vous pas la gravité de la situation ? N’avez-vous pas lu les rapports du GIEC, ces mêmes qui ont déclenché une peur viscérale chez moi ? Comment arrivez-vous à nous proposer continuellement et sans rire des « solutions » si inadaptées à la réalité ? Est-ce trop vous demander de prendre connaissance des données récentes et de garantir notre droit à un avenir sain ?

Depuis le mois d’août, monsieur le ministre, nous nous sommes encore rapprochés du bord du gouffre. Nous avons continué notre course contre la montre, menant près de 200 espèces à l’extinction chaque jour. Nous empruntons du temps à la prochaine génération pour maintenir notre train de vie absurde et destructeur, plutôt que de nous engager dans une transition juste.

J’ai encore terriblement peur pour l’avenir de mon fils et du monde. J’imagine le jour où je devrai lui expliquer que vous avez, en toute connaissance de cause, priorisé ma qualité de vie actuelle sur sa survie future. Mais je pourrai du même coup lui expliquer que j’ai refusé votre inaction qui le met en danger, et que je suis passée de la parole aux actes. Je pourrai dire à mon fils que je me suis entourée d’autres personnes inquiètes, responsables et courageuses, car notre peur n’est pas paralysante, bien au contraire. Nous sommes des étudiants, des travailleuses, des mères, des pères, des grands-parents. Nous ressentons l’obligation morale de résister à la destruction du monde et de désobéir au système écocidaire actuel. Nous répondons à l’appel de la semaine internationale de rébellion, du 7 au 13 octobre 2019, et nous ne lâcherons pas la pression.

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