Quand on parle de l’importance des universités, on évoque souvent le formidable potentiel de la société du savoir. Il est vrai que nos universités permettent chaque jour de favoriser l’épanouissement des individus et de construire des sociétés plus prospères et plus justes. Mais en cette période d’élections, il est bon de se rappeler une autre richesse produite dans nos universités : les outils d’une plus grande cohésion de nos sociétés démocratiques.

Frédéric Bouchard Frédéric Bouchard
Doyen, faculté des arts et des sciences, Université de Montréal

La montée des populismes et les fractures politiques qu’elle engendre un peu partout sur la planète ainsi que le rôle croissant de la désinformation dans le discours public sont causés par plusieurs phénomènes que nos chercheurs visent à analyser pour mieux y remédier. Une des causes de l’effritement (perçu ou réel) de nos sociétés est le sentiment de perte de contrôle et de perte d’espoir vécu par plusieurs.

Les défis et questionnements se prêtant à nous sont d’une urgence indéniable. Comment réduire notre empreinte écologique grâce à de nouveaux matériaux ou à de nouveaux modes d’organisation sociale ? Comment développer l’intelligence artificielle d’une manière qui est bénéfique pour le plus grand nombre d’êtres humains ? Comment faire face aux cybercriminels ? Comment faire vivre notre culture et nos identités face à la mondialisation ? Comment atténuer différentes formes de souffrance et d’exclusion ? Rappelons-nous que dans chaque mémoire de maîtrise ou thèse de doctorat se trouvent les réponses à nos questions et les solutions à nos défis. En cela, chaque diplômé est une source d’optimisme rationnel envers l’avenir.

La vitalité de nos démocraties dépend de cet espoir que nous pouvons améliorer notre sort par nos choix et notre action collective.

N’oublions donc pas que la cohésion de nos sociétés repose sur diverses formes d’aspirations communes et sur le savoir nous permettant de les réaliser.

Par ailleurs, ce savoir est une condition encore plus fondamentale au bon fonctionnement de nos sociétés démocratiques. La délibération démocratique nécessite un langage commun nous permettant de décrire les enjeux et les solutions à adopter, ainsi qu’une capacité d’échanger de manière respectueuse et ouverte avec autrui. Si nous chérissons les liens tissant nos sociétés, nous devons accorder plus de valeur à notre compréhension de notre réalité commune et nous devons toujours mieux transmettre cette capacité de juger de façon respectueuse de nos désaccords. Or, c’est exactement ce que font nos universités tous les jours.

Au-delà des expertises et des idées qui nous aideront à mieux vivre dans un monde incertain, nos universités nourrissent l’ouverture d’esprit et la rigueur qui nous permettront de résister aux charlatans, aux fausses nouvelles ainsi qu’aux tsunamis populistes qui déchirent le monde actuel. Ainsi, les universités et le respect du savoir qu’elles suscitent doivent être appelés à agir à titre de mortier (entendu comme ciment) pour renforcer nos sociétés civiles et contrer l’effritement des liens qui nous unissent tous.

Un rempart contre la peur

Contre la frénésie de la peur, le seul rempart est le savoir et ceux qui le partagent : nos chercheurs et nos nouveaux B.A., B. Sc., M.A., M. Sc., Ph. D. et autres diplômés nous rappellent que le monde est complexe, mais qu’il n’est pas incompréhensible. Ils nous rappellent que le dialogue et le partage de connaissances sont toujours possibles et plus nécessaires que jamais. Ils nous rappellent que connaissance, rigueur et travail sont des conditions essentielles au progrès, et qu’avec courage nous pouvons relever même nos plus grands défis. Nos universités nous rendent tous plus grands et plus forts et nous serions donc malavisés de ne pas nous atteler à leur développement.

La prochaine fois que vous entendrez le mot « université », pensez bien sûr à la persévérance de ces étudiants passionnés et talentueux ou aux brillants chercheurs et à leurs découvertes et innovations. Toutefois, rappelez-vous aussi que la cohésion de nos sociétés dépendra de plus en plus du mortier du savoir, des maçons qui savent le manier et des universités qui rendent possibles leurs ouvrages. Grâce à ces diplômés et à ceux qui les ont formés, grâce à ces maçons des temps modernes, nous pouvons avoir confiance que nous serons en mesure de construire l’avenir plutôt que de le subir.