Cette année encore, mon syndicat – Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) – a affirmé que les médecins de famille québécois étaient insuffisamment rémunérés comparativement à ceux des autres provinces.

Geneviève Dechêne Geneviève Dechêne
Médecin de famille, Verdun

Il blâme depuis des années le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) pour les pénuries sévères en médecine familiale qui sévissent partout dans la province : 20 % des Québécois n’ont toujours pas de médecins de famille (30 % à Montréal) alors que 94 % de la population désire un médecin. Pire encore, de 8 à 10 % des patients en longue durée, pourtant très instables médicalement, n’ont pas de médecin attitré. Et finalement, honte collective, 90 % des patients en fin de vie n’ont pas accès à une prise en charge médicale palliative à domicile. Ces patients sont donc obligés de retourner à répétition aux urgences dans leur dernière année de vie, à chaque fois que leur état se détériore. On s’étonne ensuite de voir nos urgences majeures bondées et nos hôpitaux débordés ?

Nous sommes très bien payés

Une publication de l’Institut du Québec sur la rémunération des médecins québécois, La rémunération des médecins, une approche économique, remet les pendules à l’heure. Le paiement moyen brut en 2016-2017 des médecins de famille québécois à temps plein est supérieur à celui des médecins ontariens (344 214 $ contre 297 627 $) alors que nous avons accès à des services subventionnés uniques au Québec (CPE/garderies, écoles privées, assurance médicaments, etc.) et que le coût de la vie est 15 % moins élevé ici qu’en Ontario.

Tant mieux pour les médecins de famille, direz-vous ? Notre rémunération extraordinaire serait acceptable pour la population, celle qui nous paye, si les Québécois avaient accès à des services de médecine familiale complets, comme on peut le voir dans les autres provinces canadiennes et les autres systèmes publics occidentaux.

La plupart de nos patients font partie de la classe moyenne, alors que nous, médecins, faisons partie du 1 % le plus riche de la société.

Nos patients ont dûment payé toute leur vie leurs taxes et leurs impôts : ils devraient recevoir les services médicaux dont ils ont besoin, que ce soit en bureau, à domicile, en ressources intermédiaires ou en longue durée.

Qui ment aux Québécois ?

N’est-il pas temps d’offrir nos services à cette population qui nous paye si bien ? N’est-il pas temps de le faire, sachant que la proportion des médecins généralistes au Québec est supérieure à celle de l’Ontario où plus de 94 % de la population a un médecin de famille, avec un accès rapide à celui-ci, dont des équipes médicales de soins palliatifs 24 heures à domicile et une couverture complète en longue durée ?

On entend depuis plus de 10 ans nos décideurs parler de l’importance des soins à domicile alors que nos plus grands malades, ceux qui vivent leur dernière année de vie, attendent désespérément, sans succès, des services médicaux à domicile.

Ce ne devrait pas être à mon syndicat de décider, comme il le fait actuellement, de la répartition des services des médecins de famille dans les différents milieux de soins, au détriment du domicile et de la longue durée.

L’ensemble des médecins de famille québécois devrait se partager la prise en charge dans tous les milieux de soins en priorisant les plus grands malades, ceux qui ne peuvent plus se déplacer à notre cabinet.

Y a-t-il une pénurie de médecins de famille au Québec ?

Nous avons proportionnellement plus de médecins de famille qu’en Ontario, mais moins qu’en Europe. Comme les médecins de famille québécois travaillent plus souvent à temps partiel (autant les hommes que les femmes), pourquoi ne pas en tenir compte dans les admissions en faculté de médecine ? Ainsi, les équipes ne s’épuiseraient plus à chaque congé de maladie et surtout lors des très nombreux congés de maternité, sachant que nous avons la plus grande proportion de femmes médecins au pays, et que celles-ci, bien sûr, ont des enfants.

Pourquoi ne pas avoir formé plus de médecins de famille dans notre contexte spécifique de vieillissement accéléré de la population québécoise ? Pour préserver, dans la distribution entre nous de notre généreuse enveloppe, nos revenus individuels élevés ? Si c’est le cas, la majorité des médecins de famille n’acceptent pas un tel calcul, odieux pour la population, mais aussi pour nous dans notre pratique quotidienne.

La proportion d’heures travaillées par les médecins de famille québécois en hôpital est remarquablement élevée, une distorsion majeure des effectifs en faveur des hôpitaux. Le MSSS pourrait-il donner aux centres de santé le pouvoir de déterminer les postes de médecine familiale de leur territoire en fonction des besoins de leur population, en complémentarité avec les services des médecins spécialistes spécifiquement formés pour les missions hospitalières ? N’est-il pas temps de voir ce qui se fait ailleurs dans le partage des tâches entre les médecins de famille et les spécialistes, en Ontario par exemple, province tant citée par notre syndicat pour demander plus d’argent public ?

Il faut redonner à notre généreuse population

La population sait maintenant que ce n’est pas par manque d’argent qu’ils ne peuvent pas être pris en charge par un médecin de famille. Sachez que les médecins de famille sont atterrés de l’état actuel des services de médecine familiale au Québec. La très grande majorité d’entre nous rêvons de redonner à la population québécoise, si généreuse, les services dont elle a tant besoin.