Imaginez un instant que l’on vous donne 15 milliards et qu’on vous demande de l’investir pour notre bien-être collectif. Que feriez-vous ?

Hélène Laverdière Hélène Laverdière
Collaboration spéciale*

Les possibilités sont nombreuses et je suis persuadée que plusieurs auraient plein d’idées fort intéressantes. Mais est-ce que votre première suggestion serait d’investir ces milliards dans une industrie vouée à disparaître ? J’imagine que non.

C’est pourtant ce qu’a fait le gouvernement libéral avec l’achat de l’oléoduc Trans Mountain (4,5 milliards pour l’achat et on prévoit au moins 11 milliards pour tripler sa capacité). C’est important pour l’économie, nous dit-on. En fait, on se rend compte que le gouvernement Trudeau nous dit que « la lutte contre les changements climatiques et l’économie doivent aller main dans la main ».

Mais au-delà des habituelles belles paroles, il semble en fait opposer l’un à l’autre et aborder l’enjeu comme s’il s’agissait de « lutter contre les changements climatiques, mais sans trop nuire à l’économie ». (Ce n’est certes pas le seul enjeu d’ailleurs pour lequel on constate que les libéraux disent une chose, mais en font une autre.)

En fait, les changements climatiques eux-mêmes sont une menace à l’économie. Une grave menace. Et les experts nous disent qu’il faut agir dans les 10 prochaines années si on veut éviter une catastrophe. Il y a urgence. Et investir dans une économie verte, dans l’économie du futur, est tout à fait « rentable ».

Pour ce faire, il faut adopter des objectifs ambitieux, mais aussi des stratégies qui prennent en compte l’ensemble de la problématique, de manière à pouvoir travailler de concert, dans l’intérêt de tous.

Éviter la timidité et l’envie de toujours tout remettre à plus tard. Éviter aussi de créer des injustices et des difficultés qui nous empêcheraient de travailler ensemble pour faire face à ce défi.

Ainsi, le NPD s’engage à réviser l’objectif du Canada pour 2030 de manière à réduire nos émissions conformément à ce que les experts recommandent, tout en créant 300 000 emplois de qualité dans des domaines comme l’efficacité énergétique, le logement, les énergies renouvelables, des infrastructures et du transport et en assurant sécurité et qualité de vie aux citoyens.

Un bel exemple de cette occasion qui nous est offerte de faire « d’une pierre, trois coups » est la proposition du NPD de faire en sorte que tous les nouveaux bâtiments construits au Canada soient zéro émission nette d’ici 2030, et de rénover d’ici 2050 toutes les habitations existantes pour améliorer leur efficacité énergétique. Cela contribuera à la réduction de nos émissions, créera des emplois et permettra aux ménages d’économiser sur leurs coûts énergétiques.

D’autres propositions du NPD

 – Arrêter les subventions aux grandes sociétés gazières et pétrolières, ce qui représente environ 3,3 milliards par année ;

 – Faire en sorte que le Canada soit alimenté à 100 % en électricité sans carbone d’ici 2030 ;

 – Faciliter la présence accrue de véhicules zéro émission sur les routes en accordant la priorité aux véhicules construits au Canada ;

 – Travailler avec les municipalités intéressées en vue d’offrir des transports collectifs gratuits et rendre les transports collectifs plus propres, plus verts et plus pratiques ;

 – Créer des emplois de qualité et soutenir les travailleurs touchés par le passage à une économie faible en carbone, notamment en offrant un accès à de la formation ;

 – Mettre sur pied un « Bureau indépendant de la responsabilité climatique » qui effectuera des vérifications régulières des progrès réalisés et diffusera de l’information auprès de la population ;

 – Éliminer les exemptions aux grands pollueurs relativement à la tarification du carbone, mais maintenir les rabais aux ménages visés par le plan de soutien fédéral ;

 – Favoriser l’innovation en matière de réduction des émanations de méthane ;

 – Assurer la décarbonisation des activités du gouvernement fédéral ;

 – Aider davantage les pays en développement à affronter les impacts des changements climatiques ;

 – S’assurer que nos ententes de commerce international contiennent des normes environnementales élevées et faire de l’enjeu climatique un élément clé de nos relations internationales.

Ce n’est pas d’hier que le parti s’intéresse à cet enjeu. Déjà, en 2006, Jack Layton présentait un projet de loi d’initiative parlementaire, la Loi sur la responsabilité en matière de changements climatiques, projet de loi que les sénateurs libéraux ont malheureusement laissé mourir au feuilleton (et qui n’a jamais pu être adopté, malgré nos efforts répétés pour présenter le projet de loi à nouveau).

Ce sont ces années de préoccupation qui ont mené, je crois, à ce plan ambitieux et détaillé qui n’oublie personne.

La crise est réelle. On le constate de plus en plus. Il faut agir. Ensemble. Maintenant.

Et marchons ensemble, aujourd’hui, pour notre planète et notre avenir.

* Députée fédérale néo-démocrate depuis 2011, Hélène Laverdière ne se représente pas aux élections fédérales de 2019.