En réponse à la chronique de Francis Vailles, Le Québec quitte la cave de la pauvreté, publiée le 16 septembre

Virginie Larivière Porte-parole du Collectif pour un Québec sans pauvreté

Dans un texte publié le 16 septembre dernier, le chroniqueur Francis Vailles affirmait que « le Québec quitte la cave de la pauvreté ». Le Québec se situe maintenant au deuxième rang des provinces comptant le moins de personnes en situation de pauvreté, alors qu’il occupait le sixième rang en 2014. « C’est fou, la progression des dernières années », note avec enthousiasme le chroniqueur.

Pour soutenir son propos, Francis Vailles se réfère à une étude qui dévoile que 33,6 % de la population québécoise faisait partie de la classe des « moins nantis » en 2017, un recul de trois points de pourcentage par rapport à 2014. Pour faire partie des « moins nantis », une personne seule devait avoir un revenu inférieur à 31 840 $ (après impôt) ; et une famille de quatre personnes, un revenu inférieur à 63 675 $ (après impôt). Ces montants représentent, selon Vailles, la barre à partir de laquelle se mesure la pauvreté.

Une vision aussi large de la pauvreté pose problème. Son principal tort est qu’elle rassemble en un tout indifférencié des situations en réalité totalement différentes. La situation d’une personne avec un revenu annuel de 29 000 $ (après impôt) a en effet bien peu à voir avec la situation d’une personne avec un revenu annuel de 19 000 $. La personne qui se situe à l’échelon supérieur de la classe des « moins nantis » ne pourra peut-être pas se payer le même « luxe » que les personnes de la classe moyenne, mais la personne à l’échelon inférieur aura quant à elle du mal à joindre les deux bouts et à satisfaire ses besoins fondamentaux. La différence entre ces deux situations est de taille et elle s’accentue pour les personnes assistées sociales dont le revenu annuel est de 9 316 $.

L’article passe également sous silence que la pauvreté augmente ou persiste dans certaines tranches de la population. 

En 2017, la mesure de faible revenu (MFR) s’élevait à 23 513 $ et le pourcentage de personnes au Québec dont le revenu était inférieur à ce montant était de 14,4 % (environ 1 202 000 personnes). L’année précédente, il était de 14 %.

On constate une augmentation du taux de pauvreté encore plus importante chez les personnes de 65 ans et plus. Celui-ci est passé de 18,9 % en 2016 à 22,8 % en 2017. Une personne âgée sur cinq vivait donc avec moins de 23 513 $ par année. La situation est encore plus alarmante pour les personnes âgées vivant seules : elles sont 44,9 % à vivre dans la pauvreté, une augmentation de 3,7 points de pourcentage en comparaison avec 2016.

Les personnes les plus touchées par la pauvreté sont sans contredit celles qui vivent seules. Et leur nombre ne cesse d’augmenter. Une personne seule sur trois vivait, en 2017, en situation de pauvreté, une augmentation de 0,6 point de pourcentage par rapport à l’année précédente ; une personne vivant seule sur quatre (plus de 300 000 personnes) ne couvre pas ses besoins de base (selon la mesure du panier de consommation) ; près de trois prestataires du programme d’aide sociale sur quatre vivent seuls ; 50,3 % des demandes auxquelles répond le réseau des Banques alimentaires du Québec proviennent de personnes vivant seules, etc.

La diminution de la proportion de ménages « moins nantis » a donc peu ou pas d’incidence sur la vie des personnes qui se situent aux échelons inférieurs de cette classe économique. La représentation du Québec qui progresse en matière de lutte contre la pauvreté, car il se situe avantageusement par rapport aux autres provinces canadiennes, est l’arbre qui cache la forêt. Elle laisse dans l’ombre le fait que, bon an, mal an, 10 % des Québécoises et Québécois n’arrivent pas à combler leurs besoins de base, faute de revenus suffisants.

Réponse de Francis Vailles

Mme Larivière,

Dans ma chronique, j’ai justement pris soin de préciser que la limite de 31 840 $ pour une personne seule « est forcément arbitraire et éminemment contestable » et que l’objectif « n’est PAS de définir la pauvreté et la richesse, mais de tracer une ligne dans le temps et de suivre son évolution ». Je faisais référence aux ménages en bas de la classe moyenne et ceux au-dessus, que je définis alors comme « pauvres » ou comme « riches » – termes toujours mis entre guillemets – afin de simplifier la compréhension du texte. Or, au vu de ces données, la proportion des personnes au Québec qui gagnent moins que la classe moyenne canadienne – appelées « pauvres » dans ma chronique – est à un creux historique au Canada. En clair, le Québec est maintenant la deuxième province qui compte le moins de personnes sous le niveau de la classe moyenne au Canada, alors qu’elle était sixième en 2014, ce qui constitue un bond prodigieux. Le texte ne dit pas plus, pas moins.