Le cinéaste Philippe Falardeau réagit à notre article « Téléfilm Canada resserre ses critères pour la course aux Oscars », publié hier

Philippe Falardeau
Philippe Falardeau Cinéaste

Téléfilm Canada impose de nouveaux critères pour le choix du film soumis aux Oscars dans la catégorie du meilleur film international. Pour être soumis au jury canadien, un film doit avoir été sélectionné dans l’un des treize festivals énumérés par Téléfilm ou avoir été préacheté par un agent de ventes international ou un distributeur américain. Ces nouvelles règles d’admission sont absurdes et inadmissibles.

Elles n’apportent aucun nouveau critère d’évaluation qualitatif ou artistique. Ce faisant Téléfilm se substitut de facto à l’Académie des Oscars en ajoutant des critères de son cru, des critères qui n’apparaissent pourtant nulle part dans les règlements de l’Académie, même dans la catégorie principale de meilleur film.

Pire, Téléfilm cède à des entités externes, étrangères et privées le pouvoir de décider lesquels de nos films nationaux seront considérés. Cela veut dire que les comités des programmations des festivals tels Venise, Telluride ou Karlovy Vary ainsi que les acheteurs et vendeurs deviennent souverains dans la première étape de l’appréciation de nos œuvres. 

Il faut savoir que les festivals et les agences commerciales possèdent leurs logiques propres qui ne sont pas toujours guidées par la valeur artistique d’un film.

Sélectionné par le Canada l’année dernière, l’excellent Chien de garde, de Sophie Dupuis, ne répondrait pas aux nouveaux critères cette année. Il a pourtant a été choisi par le jury composé par Téléfilm Canada. Or voilà que Téléfilm désavoue le choix de son propre jury et se cache derrière un discours fallacieux de compétitivité. 

PHOTO FOURNIE PAR AXIA FILMS

Théodore Pellerin dans Chien de garde, de Sophie Dupuis

À l’avenir, le jury devra considérer non seulement la beauté intrinsèque d’un film, mais aussi son potentiel politique, c’est-à-dire sa capacité d’attirer des votes pour des raisons externes : un nom connu à la réalisation, un prix attribué par un jury en République tchèque ou le flair d’un vendeur international installé à Paris.

En tant que membre de l’Académie des Oscars et nommé dans la catégorie du meilleur film en langue étrangère, je m’oppose à cette nouvelle manière de faire.

Qu'en pensez-vous? Exprimez votre opinion