Dans un article de La Presse canadienne paru le 12 mai dernier, des enseignants se disent préoccupés parce qu’on leur demande de donner des cours d'éducation à la sexualité et qu'ils ont l’impression de ne pas avoir les compétences requises.

Mylène Fernet
Professeure titulaire, département de sexologie, UQAM

Certes, l’éducation à la sexualité n’est pas une matière comme les autres, parce qu’elle renvoie à des contenus délicats qui touchent notamment aux rapports sociaux de genre, aux relations amoureuses et intimes et aux violences à caractère sexuel. Cependant, il nous semble que certaines clarifications s’imposent concernant le rôle des enseignants et leur capacité à contribuer à l’éducation des jeunes en matière de sexualité.

L’adolescence est une période charnière du développement de l’individu. Les jeunes y vivent leurs premières relations amoureuses et ces relations favorisent la formation de l’identité, la découverte de l’intimité, ainsi que l’épanouissement affectif, relationnel et sexuel. Plus qu’à n’importe quelle autre période, les adolescents sont réceptifs à aborder des contenus qui touchent à leurs préoccupations en matière de relations amoureuses et de sexualité. Pourtant, ils disposent de peu d’espace de dialogue sur ces questions.

L’école est un milieu de vie qui a le potentiel d’offrir aux jeunes cet espace d’échange et, en cas de questionnement, l’occasion de pouvoir exprimer leurs préoccupations et d’être entendus.

Les travaux de recherche montrent qu’en cas de difficultés dans leurs relations amoureuses, les adolescents se tournent d’abord vers leurs amis, cependant une proportion non négligeable d’entre eux fait aussi appel à des adultes, notamment les parents et les enseignants, qui jouent un rôle important dans leur développement personnel.

Même s’ils ne se considèrent pas comme des « experts », les enseignants occupent néanmoins une position clé pouvant faire une différence dans la vie des jeunes avec lesquels ils entretiennent un lien significatif. Au-delà des apprentissages pédagogiques visés et des contenus obligatoires à couvrir, l’éducateur joue avant tout un rôle d’accompagnement.

Être réceptif aux questionnements des jeunes, encourager la réflexion et le développement de la pensée critique, dépister les problèmes potentiels et orienter, au besoin, les personnes en difficulté vers des ressources pouvant les aider : voilà bien des compétences qui sont propres aux enseignants et que ceux-ci peuvent mettre à profit en matière d’éducation à la sexualité.

L’impression de ne pas être bien outillé, de ne pas avoir les connaissances requises sont des arguments souvent évoqués par les enseignants pour expliquer leur malaise à transmettre du contenu par rapport à la sexualité. Dans un rapport visant à rendre compte de la mise en œuvre des nouveaux apprentissages en éducation à la sexualité, le Comité consultatif sur l’éducation à la sexualité (Jetté et Ouimet, 2017) a souligné, entre autres, que les établissements scolaires jugeaient ne pas avoir suffisamment de matériel pédagogique pour répondre aux apprentissages obligatoires et s’estimaient démunis pour transmettre le contenu.

Des outils

Devant ces constats, diverses initiatives ont vu le jour et seront bientôt en mesure d’appuyer les enseignants dans leur rôle essentiel d’éducation. Par exemple, le Laboratoire d’études sur la violence et la sexualité de l’UQAM, avec le soutien du Secrétariat à la condition féminine du Québec, a développé 24 courtes capsules vidéo visant à promouvoir des relations amoureuses harmonieuses et égalitaires et à prévenir les violences à caractère sexuel.

Cette campagne de sensibilisation, qui cible les jeunes âgés de 14 à 19 ans, aborde des thèmes clés comme les manifestations de violences sexuelles, les mythes et le consentement sexuel, de même que le rôle que peuvent jouer les témoins. Cette initiative, réalisée avec des jeunes et pour eux, a mobilisé une trentaine d’adolescents aux différentes étapes du projet. Des capsules vidéo, basées sur de réels témoignages, visent non seulement à sensibiliser les jeunes, mais aussi à soutenir les enseignants dans l’atteinte des objectifs d'apprentissage obligatoires en matière d’éducation à la sexualité et les parents dans l’accompagnement de leurs adolescents. Il ne faut surtout pas abdiquer : les enseignants peuvent faire toute la différence !