Il y a un an, j’avais formulé l’hypothèse que les provinces canadiennes étaient à la veille d’une vague conservatrice*. Force est de constater qu’une majorité de provinces est aujourd’hui gouvernée par des partis conservateurs ou aux tendances conservatrices.

Antoine Dionne Charest Doctorant en philosophie à l’Université de Montréal

L’hypothèse était que l’Ontario, le Québec et l’Alberta éliraient des partis conservateurs, ce que l’élection de Jason Kenney en Alberta vient de confirmer. La question qui se pose maintenant est de savoir si cette vague conservatrice peut remonter au niveau fédéral. Malgré la controverse SNC-Lavalin et les sondages moins favorables aux libéraux, l’élection des conservateurs d’Andrew Scheer est loin d’être assurée.

Le retour des équilibres politiques traditionnels

L’électorat canadien cherche naturellement un équilibre politique entre les provinces et le gouvernement fédéral : les Canadiens ne souhaitent pas voir la même famille politique gouverner une majorité de provinces et le gouvernement central.

C’était le cas lorsque les progressistes-conservateurs de Brian Mulroney gouvernaient le pays et que les provinces étaient surtout dirigées par des rouges. C’était aussi le cas lorsque les libéraux de Trudeau père dominaient la politique fédérale et que la majorité des provinces était bleue.

Avec l’élection de partis conservateurs, nous assistons au retour de cet équilibre politique traditionnel : les libéraux de Justin Trudeau dominent la politique fédérale alors que les conservateurs dominent la politique provinciale. Il sera difficile pour Andrew Scheer d’aller à l’encontre de cette volonté d’équilibrage politique.

Les rendez-vous manqués d’Andrew Scheer

D’autant plus que M. Scheer a raté l’occasion de se démarquer sur plusieurs enjeux. Pensons au dossier de la francophonie canadienne où il a hésité à condamner avec force et conviction la réduction des services en français du gouvernement Ford.

Ce faisant, M. Scheer a non seulement fait une croix sur l’électorat franco-canadien, mais il a aussi raté l’occasion de se démarquer politiquement. Il aurait dû être plus « progressiste-conservateur » et moins « réformiste », au sens de l’ancien Reform Party qui avait des tendances anti-francophones.

Pensons également à la controverse SNC-Lavalin où M. Scheer a manqué l’occasion de se présenter comme un premier ministre en attente.

L’agitation de ses députés au Parlement, l’usage d’un langage excessif et la demande de démission de Justin Trudeau ont eu pour effet de cantonner M. Scheer à son rôle de chef de l’opposition officielle.

L’ambivalence du Québec envers les conservateurs

Une autre raison pour laquelle l’élection des conservateurs est incertaine est que le Québec, qui sera une province clé lors des prochaines élections fédérales, est loin de leur être favorable. L’élection d’un gouvernement caquiste, un parti aux tendances conservatrices, est un bon exemple de la volonté des Québécois d’opérer un rééquilibrage de la politique canadienne.

L’hésitation de M. Scheer sur l’enjeu franco-ontarien, enjeu envers lequel les Québécois sont sensibles, et son discours sur la controverse SNC-Lavalin, un fleuron de l’économie québécoise, ne sont pas passés inaperçus au Québec. Alors que son ton envers SNC-Lavalin était virulent lorsqu’il s’exprimait en anglais, il l’était beaucoup moins lorsqu’il s’exprimait en français.

De plus, les gains que peuvent faire les conservateurs au Québec sont limités. Il y a plus de chances que les libéraux remportent la totalité des circonscriptions néo-démocrates que les conservateurs fassent des gains majeurs au Québec.

Ce que révèle l’élection de partis conservateurs dans les provinces, c’est non seulement la montée en puissance des bleus, mais aussi la volonté de retrouver un équilibre politique traditionnel. Cette volonté exprime la sagesse politique des Canadiens.

Lisez « Le Canada est-il à la veille d’une vague conservatrice ? ».

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