Si plusieurs auront raison d'applaudir les diverses mesures de développement économique contenues dans le dernier budget Flaherty - et j'en suis -, d'autres auront au moins trois bonnes raisons de ne pas s'en réjouir - et j'en suis aussi. Ce budget risque même de susciter un tollé sans précédents récents au Québec.

Certes, ce budget contient d'excellentes nouvelles sur le plan économique.

D'abord, le cap est maintenu sur l'atteinte de l'équilibre budgétaire en 2015. Des fonds nouveaux, de l'ordre de 47 milliards de dollars, sont prévus pour la prochaine décennie pour les programmes d'infrastructures. D'importants investissements, stables et prévisibles, seront réalisés dans le domaine de l'aéro-spatiale, notamment, de même qu'en recherche et innovation en général dans les secteurs de pointe. Un soutien accru sera dégagé pour le secteur forestier, qui en a bien besoin, pour l'innovation et le développement des marchés.

Mais ces bonnes nouvelles seront assurément occultées au Québec par les dispositions du budget concernant la formation de la main-d'oeuvre, les sociétés de capital de risque des travailleurs et le retour des intentions fédérales en matière de valeurs mobilières.

En ce qui a trait à la formation de la main-d'oeuvre, le ministre des Finances annonce la création de la Subvention canadienne pour l'emploi qui redéfinit les interventions en formation et qui puisera, à même les transferts aux provinces et au Québec, 300 des 500 millions de dollars de l'entente fédérale-provinciale de 2008.

Ce montant permettra au fédéral de fournir directement aux entreprises une contribution de 5000$ par travailleur qu'ils auront à former, conditionnelle au versement d'une contribution équivalente de la part des provinces et une participation de 5000$ également par les employeurs.

C'est donc un nouveau programme tripartite dessiné par Ottawa, suivant les conditions du gouvernement fédéral, mais financé pour la part fédérale à même une partie du budget actuel des provinces.

Bien que ce nouveau programme ne vise que l'entente de 2008 qui vient à échéance en 2014, monsieur Flaherty exprime clairement dans son budget qu'il souhaite que ces nouveaux paramètres de la formation de la main-d'oeuvre, visant une meilleure adéquation entre l'offre et la demande de travailleurs au Canada, s'applique également au transfert inconditionnel effectué en 1997 lorsque le gouvernement libéral a reconnu la compétence des provinces et du Québec en matière de formation; un véritable doigt dans l'engrenage...

Il serait étonnant que l'unanimité soit difficile à faire au Québec, parmi les trois principaux partis politiques principaux, à l'encontre de cette mesure et de cette intention du fédéral.

L'autre mesure surprenante du budget et qui risque d'ébranler particulièrement le Québec est celle qui prévoit l'abolition graduelle du crédit d'impôt relatif à une société de capital de risque des travailleurs. En d'autres mots, d'ici 2017, le crédit d'impôt fédéral associé aux contributions au Fonds de solidarité de la FTQ et au Fond'Action de la CSN n'existera plus.

Enfin, le gouvernement fédéral proposera rapidement des mesures législatives concernant les marchés financiers si un accord ne peut être conclu avec les provinces au sujet d'un organisme commun de réglementation des valeurs mobilières; un autre dossier particulièrement sensible au Québec, jaloux de ses prérogatives en cette matière.

Avec de telles matières à controverse, et malgré l'excellence des mesures économiques contenues dans ce budget, le printemps risque d'être plutôt agité sur la mer des relations Québec-Ottawa.