Le Sommet sur l'enseignement supérieur, qui aura lieu la semaine prochaine, fait grand état de l'accessibilité aux études supérieures. Tout ce beau monde ne changera pas en deux jours la réalité de notre société: notre monde est injuste.

Pierre-Yves McSween<br><i>L'auteur est comptable professionnel agréé, professeur d'administration au cégep régional de Lanaudière et chargé de cours à HEC Montréal. Il collabore régulièrement aux pages Débats.</i> LA PRESSE

Quand on parle d'égalité des chances en résumant le tout à des facteurs financiers au stade universitaire, nous passons à côté d'une constatation de base. Aucune sphère liée au développement personnel n'est égalitaire. En fait, le facteur financier n'est qu'une pièce du casse-tête.

Au Québec, les droits de scolarité ressemblent davantage à un ticket modérateur qu'à une source d'inégalité (une fois que l'on prend en compte l'ensemble des mesures d'aide et du tissu social). Faisons-nous fausse route en axant la discussion sur le niveau de contribution financière de chacun à son parcours universitaire?

L'inégalité commence à la naissance. Dès notre première seconde, nous venons au monde avec un bagage génétique influençant nos capacités physiques et intellectuelles. Puis, vient l'inégalité des chances d'apprentissages ou d'expériences. Celles-ci basées sur ce que nos parents peuvent ou décident de nous offrir. Un jour, nous réalisons que l'apparence en favorise certains, une autre source d'inégalité s'ajoute.

Finalement, nous décidons de consacrer plus ou moins de temps à certaines activités, si bien que nous développons des aptitudes différentes de celles d'autres enfants. Cela créera tôt ou tard une augmentation des inégalités de potentiel (d'autres diraient de capacités) dans certains domaines.

Ainsi, la somme de toutes ces inégalités a une conséquence claire: l'ensemble des métiers et des opportunités ne sont pas à la portée de tous. Faire une ségrégation à l'entrée universitaire liée au mérite serait une façon d'augmenter l'accessibilité générale de la population ayant la capacité ou la volonté de faire des études supérieures. Certains voient le classement comme de l'élitisme, d'autres pourraient le voir comme une optimisation des ressources.

Un jeune sans talent peut-il revendiquer le droit d'être repêché par la LNH? En art, sur le marché du travail, comme dans les sports, on accepte collectivement les notions d'efforts, de talent et de classement en fonction des résultats. Pourquoi le milieu universitaire y ferait-il exception?

Contrairement à l'école primaire et secondaire, la formation universitaire se mérite. Un milieu universitaire qui réduit ses critères d'admission et de réussite pour permettre une accessibilité à un plus grand nombre réduit de facto la qualité de l'extrant. Fixer les taux de réussite d'avance, noter en fonction de la courbe normale, admettre un grand nombre d'étudiants pour augmenter les revenus des universités (octroyés par «tête de pipe»), voilà une série de mesures que nous acceptons au nom de l'égalité des chances. Celles-ci ont contribué à mettre notre système universitaire dans son état actuel: nivelé par le bas.

L'égalité unilatérale est un mythe: tôt ou tard, nous sommes triés. Tant qu'à trier les candidats, faisons-le au mérite. La gratuité? Peut-être, mais à la condition d'être méritant, d'instaurer des contrats de fidélité et d'instaurer des entraves à la procrastination. Ainsi, l'accessibilité ne sera pas basée sur l'argent, mais sur les aptitudes (talent, effort, résultats antérieurs) à réussir des études.

Si une société veut lutter contre les inégalités, c'est bien avant l'entrée à l'université qu'elle doit le faire. Je ne me fais pas croire qu'une journée et demie de discussions peut me transformer en Brad Pitt. Et vous?

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