Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j'ai trouvé étrange l'annonce, une semaine avant la fin de la session, du départ de Shirley Bishop, la directrice des communications de la première ministre Marois et de son principal rédacteur de discours, Stéphane Gobeil. Ce genre d'annonce se fait généralement après la fin des travaux de l'Assemblée nationale puisqu'il s'agit essentiellement d'ajustements au sein du cabinet.

J'ai eu l'impression que certains dans l'entourage de Mme Marois voulaient utiliser ces départs, annoncés semble-t-il depuis plusieurs semaines, comme le signal d'un changement de cap. Comme si les problèmes du gouvernement péquiste ne résidaient que dans la façon de communiquer ses décisions.

Or, le gouvernement a renié plusieurs promesses, dont l'abolition de la taxe santé. On peut mettre cela sur le compte du fait qu'il est minoritaire et que le PQ dans l'opposition n'avait pas toutes les informations nécessaires, notamment sur l'état des finances publiques, mais cela n'excuse pas l'absence de transparence dans plusieurs décisions.

Cette semaine encore, le gouvernement péquiste a ajouté en catimini, dans son projet de loi omnibus budgétaire, trois mesures qui auraient eu comme effet d'augmenter la facture d'électricité des Québécois. L'opposition s'en est aperçue et s'est opposée avec raison. Le ministre des Finances a dû reculer.

Si on peut être d'accord avec l'objectif de favoriser l'éolien, la méthode, qui manque de transparence, est inacceptable. Après avoir brisé sa promesse électorale de ne pas dégeler le bloc patrimonial, les mesures contenues dans le projet de loi auraient haussé de près de 3% la facture d'électricité, ce qui représente environ 60$ pour une maison de taille moyenne. À mon avis, cela mérite d'être débattu correctement.

S'ajoute à cela l'utilisation de la Gazette officielle pour annoncer par voie de règlement des mesures qui ont des conséquences qui justifient amplement un débat public. Selon certains, le règlement publié dans la Gazette officielle le 29 mai permettra à Pétrolia de forer sur l'île d'Anticosti. C'est la vigilance d'un géologue qui a mis au jour l'importance du règlement en question. Encore une fois, l'objectif est peut-être valable, mais un débat ouvert s'impose.

Autre exemple, le projet de règlement, publié dans la Gazette officielle du 27 février, qui annonçait des modifications à l'aide sociale. Pour inciter au travail, Québec révise les conditions d'accès à l'allocation pour contrainte temporaire, versée en plus de la prestation de base pour certains groupes de prestataires. Les effets d'une telle réforme sur ces prestataires nécessitent une discussion de fond.

J'ai écrit dans ces pages que certaines de ces mesures me semblent acceptables, mais pourquoi ne pas en avoir parlé lors de l'étude des crédits du ministère? Dans ce cas-ci, qui plus est, la révélation de ce règlement le jour même où la ministre dénonçait à Ottawa la réforme conservatrice à l'assurance-emploi a beaucoup affaibli la riposte du gouvernement du Québec.

Au moment où les révélations à la commission Charbonneau alimentent le cynisme d'une partie de la population, le gouvernement du Québec doit être exemplaire en matière de transparence, particulièrement lorsque c'est le Parti québécois qui dirige. Il faut corriger le tir et mener les débats visière levée. L'équipe ministérielle a tout le talent qu'il faut pour le faire.