Depuis des semaines, les responsables gouvernementaux à Québec comme à Ottawa nous assurent d'une entente imminente entre le Canada et l'Union européenne sur un accord économique et commerciale globale. La dernière échéance connue est la fin mai. Nous sommes à la fin mai et aucune entente ne semble poindre à l'horizon.

Le silence qui entoure la situation est inquiétant! De deux choses l'une: soit les négociations sont durablement bloquées ou les concessions demandées sont trop dures pour les rendre publiques avant un accord final. Dans les deux cas, la population est en droit de savoir. Le manque de transparence des négociations depuis le début est problématique, mais devient maintenant dramatique.

Il faut rappeler qu'un accord de libre-échange ne peut pas être amendé par le parlement canadien et que le Québec ne pourra bloquer que certains de ses aspects. En d'autres termes, quand l'entente sera conclue, la population sera devant un fait accompli.

Dès le départ, l'objectif des Européens, c'était évidemment le marché américain. Le Canada peut constituer une tête de pont pour leurs affaires dans le marché nord-américain et ainsi profiter des règles de l'ALÉNA. Mais voilà, à mesure que le Canada a calqué ses règles de fonctionnement, ses politiques économiques et fiscales sur celles des États-Unis, il est devenu de moins en moins intéressant à cet égard. Aussi bien pour les Européens de tenter de s'entendre directement avec les États-Unis.

En février dernier, lors de son discours sur l'état de l'Union, le président Obama annonce l'intention des États-Unis de négocier une entente de libre-échange avec l'UE. Panique en haut lieu, Jean Charest et Brian Mulroney interviennent publiquement pour demander que le premier ministre du Canada prenne le dossier en main.

Les dangers d'une vente de feu sont réels. Pour être le premier à signer avec l'UE, le Canada va-t-il laisser tomber la gestion de l'offre, pilier indispensable de l'agriculture et des régions rurales du Québec? Ce système basé sur une gestion serrée de la production pour répondre à la demande des consommateurs et des transformateurs à des prix stables est dans la mire des négociateurs européens, notamment le secteur du lait.

L'ambassadeur de l'UE au Canada rappelle que «le secteur du boeuf est protégé en Europe et les produits laitiers sont protégés au Canada, il doit donc y avoir un peu de bonne volonté de chaque côté». Autrement dit, le Canada devra sacrifier les producteurs laitiers du Québec pour pouvoir exporter un peu plus de boeuf de l'Ouest, ce qu'il demande actuellement.

Il resterait aussi le dossier des brevets pharmaceutiques, une question cruciale pour les Québécois et leur système d'assurance-médicaments. Les concessions demandées par l'UE auraient pour effet de gonfler la facture annuelle en médicaments de plus de 800 millions de dollars par an au Québec, dont la moitié devra être assumée directement par le gouvernement.

Il n'y a pas lieu de paniquer. Une négociation réussie entre le Canada et l'EU, à la satisfaction des deux parties, représentera une belle carte de visite pour l'UE dans le cadre de ses négociations à venir, en particulier avec Les États-Unis. Mais pour réussir, le plus important à ce moment-ci, c'est que le gouvernement Harper mette fin au silence radio et donne enfin l'heure juste.