«J'ai toujours su qu'au plus profond du coeur de l'homme résidaient la miséricorde et la générosité. Personne ne naît haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de son passé, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s'ils peuvent apprendre à haïr, on peut leur enseigner aussi à aimer, car l'amour naît plus naturellement dans le coeur de l'homme que son contraire», a dit Nelson Mandela.

Parti avant le temps des Fêtes, Mandela nous aura appris que nous pouvons dépasser nos aversions et nos différends pour le bien de l'humanité. Malgré les discordes entre certaines cultures, Mandela prêchait l'union des peuples à travers l'identité commune. Sa vision arrivera à vaincre le scepticisme de certains lorsqu'il finira par rallier les gens, toutes couleurs de peau confondues, à cette idée d'un «État arc-en-ciel».

Cette vision unificatrice de l'humanité m'amène à parler de valeurs communes autour desquelles différentes communautés peuvent partager des moments rassembleurs. Parler d'un Noël arc-en-ciel qui unifie les gens, peu importe la nature de leurs croyances.

Lorsque nous avons déménagé dans notre nouveau quartier, certains voisins d'origine canadienne-française s'inquiétèrent: «En tant que musulmans, allez-vous décorer pour Noël?», nous demandent-ils.

Le quartier avait toujours été illuminé à Noël, c'était important pour eux. Puis, à leur grand étonnement, nous nous rendîmes au traditionnel marché de Noël à l'église pour y acheter notre sapin. Les gens nous ont accueillis avec leurs chaleureux sourires, moment magique où les différences ne firent qu'une boule dans un sapin illuminé.

Ayant grandi au sein d'une famille musulmane de six enfants, nous avons traversé des temps très difficiles où mes parents avaient peine à nous offrir des banalités de la vie telles qu'une extravagante boîte de céréale. Dans ma famille, Noël commençait le matin lorsque mon père partait récupérer les paniers qui nous permettaient, chaque année, d'oublier combien les temps étaient durs. Sous un petit et modeste sapin placé dans le coin du salon, nous déballions, avec exaltation, les boîtes qui illuminaient nos visages d'enfants.

Tout comme le Nouvel An et d'autres fêtes chrétiennes, nous avons fini par faire une place à cette pratique culturelle dans nos vies et, à notre tour, remplir des paniers pour d'autres familles en besoin.

Une fête culturelle

De nombreuses familles musulmanes résidant au Québec réalisent qu'outre le Noël religieux, il existe aussi un Noël culturel porteur de valeurs d'harmonie et de rassemblement. Ainsi, malgré les différences religieuses, certains musulmans ont pris coutume de souligner cet évènement. Que ce soit aux fêtes de bureau ou de façon plus familiale, ceux-ci ont trouvé leur façon d'échanger des traditions du pays d'accueil. De la même façon que bon nombre d'amis non-musulmans viendront partager avec nos familles des soupers du mois de Ramadan, mois de la générosité.

Nous avons aussi compris que gastronomie s'accorde avec festivité et rassemblement. Ainsi, nous avons grandi dans une maison ou l'Eid el Adha (fête musulmane) était célébré autour d'un mouton, Noël autour d'une dinde, l'Halloween avec des bonbons, les anniversaires autour d'un gâteau et ainsi de suite. L'important n'est pas le véhicule, mais bien le message transmis à travers ces pratiques, car, quelles que soient nos valeurs personnelles, les valeurs familiales, de partage, de générosité et autres, demeurent fondamentalement universelles.

En ce temps des Fêtes et dans un Québec multiethnique parfois fragilisé par la menace de l'autre, j'invite, à la façon Mandela, toutes les parties à se centrer sur les valeurs communes que nous partageons. Ces valeurs qui nous rapprochent et qui servent de leviers à la construction des ponts qui nous unissent.