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Les devins

Mario Roy
La Presse

Qui sera premier ministre du Québec dans deux mois? Personne ne risque de prédictions à ce sujet, le niveau d'incertitude étant en la circonstance de... 10 sur une échelle de 10. Pourtant, on peut prédire ceci: au cours de la campagne électorale qui sera vraisemblablement déclenchée dans deux jours, des experts comme de simples citoyens se prononceront ex cathedra sur les résultats du scrutin.

Qui visera le plus juste?

La semaine dernière, le magazine britannique The Economist a scruté les prédictions faites par des experts en sciences politiques au sujet des quatre élections présidentielles américaines tenues entre 1996 et 2008. Conclusion? Les experts voient à peu près juste lorsqu'on cumule et fait la moyenne de leurs prédictions. Mais un par un, ce n'est pas si brillant.... Par exemple, l'un d'eux s'est trompé à quatre reprises (sur quatre) par une marge allant de 3,7 à 6,5 %, ce qui est énorme sur ce sujet précis.

«La science politique est-elle une vraie science?» se demande alors The Economist, qui ne donne pas de réponse claire.

Mais il serait injuste d'accabler de façon spécifique les experts de la politique.

Ainsi, les experts dont la compétence relève des «vraies» sciences peignent du présent et du passé, jusqu'à la singularité du big bang, des portraits à peu près sans failles. Mais ils s'avèrent eux aussi médiocres lorsqu'ils s'aventurent dans la futurologie. Non pas en ce qui concerne les systèmes simples, évidemment: nous pouvons prédire avec assurance que, dans 100 ans, l'eau sera encore composée de deux atomes d'hydrogène pour un d'oxygène... C'est cependant très différent en ce qui concerne les systèmes hypercomplexes, chaotiques. Le comportement des collectivités humaines, par exemple, ou celui de la biosphère.

Malgré cela, nous semblons programmés pour prêter foi aux à ceux qui jouent les devins. Même lorsqu'ils ont tout faux, nous en redemandons!

«Nous essayons autant que nous le pouvons d'éliminer les incertitudes. De voir des plans là où il n'y en a pas. Nous interprétons le hasard comme s'il avait une signification», constate Dan Gardner, un journaliste canadien, dans (nous traduisons) «Bavardage sur le futur: pourquoi les prédictions des experts se révèlent fausses... et pourquoi nous les croyons quand même».

Gardner évoque la plus vaste étude jamais entreprise sur le sujet, celle du psychologue Philip Tetlock. Celui-ci a compilé 27 450 prédictions faites sur une période de plusieurs années par 284 experts. Résultat? Leurs pronostics n'étaient pas plus exacts que ceux qu'on aurait obtenus en jouant à pile ou face...

Alors, y aura-t-il dès mercredi des experts pour se risquer à prédire qui, de Jean Charest, de Pauline Marois ou de François Legault aura la tâche de former le prochain gouvernement? Si oui, ce ne sera probablement pas plus fiable que les pronostics émis par le commun des mortels autour de la machine à café.

mroy@lapresse.ca




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