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Santé : une réforme risquée

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.... (Photo archives La Presse Canadienne)

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Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Photo archives La Presse Canadienne

André Pratte
La Presse

De prime abord, la réforme de structures projetée par le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, est sensée. La fiction de la gouvernance régionale est abandonnée, et avec elle les agences et les CSSS qui encombraient la gestion du réseau.

Plusieurs crient à la centralisation. Le projet de loi 10 confère en effet au ministre des pouvoirs considérables. C'est lui qui nommera tous les membres des conseils d'administration des Centres intégrés de santé et de services sociaux, ces CISSS qui résulteront de la fusion des établissements de chaque région de la province. C'est le ministre qui choisira le PDG et le président du conseil de chaque CISSS. Le ministre héritera aussi des responsabilités de coordination qui incombaient aux agences. Enfin, le ministre se donne le pouvoir d'intervenir à tout moment dans les affaires des centres intégrés.

Cette centralisation est excessive et, si le projet de loi n'est pas amendé à cet égard, elle risque d'alourdir la bureaucratie au lieu de l'alléger. Cela dit, il faut admettre que la culture politique québécoise rend impossible la décentralisation maximale prônée par les acteurs du réseau et par maints observateurs. Au Québec, lorsqu'une salle d'urgence déborde ou qu'une personne âgée fait une chute dans un CHSLD, l'affaire rebondit inévitablement à l'Assemblée nationale. Le ministre de la Santé est sommé d'intervenir. Ce qui le mène à vouloir tout contrôler. La réforme Barrette a le mérite d'être plus conforme à cette réalité.

Le système mis en place au fil des ans est non seulement lourd, il porte à confusion. Qui décide, le ministère, l'agence ou le CSSS? Faut-il vraiment que chaque centre hospitalier, chaque CHSLD, chaque centre de réadaptation ait son propre conseil d'administration? Un ménage s'imposait. À cet égard, le projet de loi 10 fera oeuvre utile.

Outre celui d'une centralisation excessive, la «révolution Barrette» comporte d'autres risques. Par exemple, celui de ne pas produire des résultats aussi spectaculaires que ceux qu'a annoncés le ministre. «Fini les obstacles administratifs, fini les dossiers non partagés, fini les multiples cartes d'hôpital, fini les guerres de clochers», a prédit M. Barrette. L'expérience des réformes passées aurait dû l'inciter à ne pas promettre la lune.

Autre risque: l'implantation des nouvelles structures devra se faire en même temps qu'une autre réforme, plus complexe et surtout plus importante: le financement à l'activité. M. Barrette annoncera prochainement les modalités de ce changement en vertu duquel le budget de chaque établissement de santé sera déterminé non sur une base historique, mais selon les soins que ledit établissement a réellement fournis. Le patient cessera donc d'être vu comme une dépense pour devenir une source de financement. C'est cette révolution, pas le projet de loi 10, qui provoquera le changement de la culture du réseau souhaité par tous.

Nul doute que M. Barrette a la détermination et l'énergie pour piloter ces réformes de front. Mais le réseau, lui, ne risque-t-il pas d'être débordé, voire paralysé par autant de changements en si peu de temps? Le ministre se veut rassurant. Nous ne sommes pas convaincus.




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