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L'injustice

André Pratte
La Presse

«L'une des principales caractéristiques de notre économie actuelle est l'accentuation des inégalités de revenu et l'ombre menaçante qu'elle fait planer sur l'économie mondiale.» Ces propos ne sont pas ceux d'un leader socialiste. Ils ne viennent pas non plus du best-seller Le Capital au XXIe siècle, de l'économiste Thomas Piketty. L'«ombre menaçante» des inégalités a été décrite cette semaine par la directrice générale du Fonds monétaire international, Christine Lagarde.

S'adressant à un auditoire de financiers réuni à Londres pour une conférence sur le «capitalisme inclusif», Mme Lagarde a résumé la situation par cette comparaison percutante: «Les 85 personnes les plus riches du monde, qui pourraient rentrer dans un seul autobus à deux étages de Londres, sont aussi riches que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, c'est-à-dire 3,5 milliards de personnes.»

Mme Lagarde est loin d'être la seule à s'inquiéter des effets néfastes de l'élargissement du fossé entre les gens ordinaires et ceux qui bénéficient des revenus les plus élevés. Dans une enquête réalisée auprès de 700 experts, le Forum économique mondial a établi la disparité des revenus comme un des plus importants facteurs de risque pesant sur le monde.

Le Wall Street Journal a publié mercredi dernier son analyse annuelle de la rémunération des PDG des 300 plus grosses compagnies américaines cotées en bourse. Le grand patron d'Oracle, Larry Ellison, trône au sommet de ce palmarès avec une rémunération de 76,9 millionsUS. Suivent Leslie Moonves, de CBS (65,4 millionsUS), Michael Fries, de Liberty Global (45,5 millionsUS), etc. Les entreprises concernées soutiennent que ces pactoles sont justifiés par les bons rendements obtenus. Le quotidien montre que c'est loin d'être toujours le cas.

Ce que Piketty appelle le «décrochage» de la rémunération des «super-cadres» a beaucoup contribué à la croissance récente des inégalités. Cette situation suscite un sentiment d'injustice au sein de la population, un sentiment qui s'intensifiera si rien n'est fait. Les conséquences pourraient être dramatiques.

L'économiste français propose, entre autres, d'instaurer un impôt confiscatoire (80%) sur les rémunérations excessives. Les participants à la conférence de Londres n'ont évidemment pas mis de l'avant de politiques aussi radicales. De toute façon, au-delà des mesures fiscales et réglementaires, il faudrait un changement de culture dans le milieu des affaires, selon le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney: «Les individus et leurs entreprises doivent comprendre qu'ils ont des responsabilités à l'égard du système dans son ensemble.»

À en juger par le nombre d'écrits et de conférences portant sur les inégalités depuis la crise de 2008-2009, cette prise de conscience fait du chemin. Malheureusement, jusqu'à maintenant, les beaux discours n'ont pas débouché sur des gestes concrets.




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