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Notre système de santé si mauvais ?

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Avons-nous raison d'être aussi sévères à l'endroit de notre système de santé?

La Presse

Selon un sondage de la firme Deloitte, les Québécois n'accordent qu'une note de 32% au rendement de leur système de santé, alors que les Canadiens donnent une note de 50%. Et 27% des Québécois qualifient le rendement de «mauvais», comparativement à seulement 14% des Canadiens. À quoi attribuez-vous cette différence de perception entre les Québécois et les autres Canadiens? Avons-nous raison d'être aussi sévères à l'endroit de notre système de santé?

LES COMMENTAIRES DOIVENT ÊTRE SIGNÉS. MAXIMUM DE 150 MOTS.

Guy Ferland

Professeur de philosophie au collège Lionel-Groulx de Sainte-Thérèse

MALADES DU SYSTÈME DE SANTÉ

Nous n'avons pas raison d'être aussi sévères à l'endroit du système de santé québécois. Nous sommes des enfants gâtés par le système public québécois. Nous rechignons sur nos services publics, car cela nous soulage de nos frustrations personnelles. En fait, nous croyons ne pas avoir les soins de santé que nous méritons parce que nous sommes malades de performance sans vouloir en payer le prix. Les nombreux problèmes des hôpitaux, comme le manque de places dans certains secteurs, la propreté de certains endroits, les listes d'attente pour des opérations majeures, les corridors débordés des urgences, etc., pèsent moins lourd dans notre évaluation que les nombreux services essentiels fournis adéquatement, avec diligence et amabilité, par les infirmières, les médecins généralistes et les spécialistes. Bien sûr, le système de santé est gigantesque et gruge presque la moitié du budget du gouvernement du Québec, mais n'est-ce pas le prix à payer pour une population vieillissante qui demande de plus en plus de soins? La santé est devenue une véritable obsession au Québec et le moindre manquement de soin ou de service est monté en épingle par les médias. Améliorons le système là où il le faut et guérissons-nous du désir de perfection, car il y aura toujours des erreurs humaines et des accidents malheureux dans un secteur aussi névralgique que celui de la santé.

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Mélanie Dugré

Mélanie Dugré

Avocate

LE VERRE À MOITIÉ VIDE

L'opinion que nous nous faisons du système de santé québécois est influencée tant par sa réputation sociale et médiatique que par nos expériences personnelles ou celles de nos proches. Si le premier facteur est généralement unanimement négatif, le deuxième reste variable en fonction des individus et des événements susceptibles de les confronter au système de santé québécois. Ce système de santé, gouffre financier sans fond, est plus qu'imparfait et, trop souvent, des patients paient chèrement le prix de ses failles et faiblesses. Les débats et discussions qui entourent ce sujet comportent donc un certain niveau de subjectivité et d'émotivité puisqu'ils nous renvoient au sort d'êtres chers et à notre propre vulnérabilité. Je crois que l'écart qui existe entre les résultats canadiens et québécois du sondage s'explique en partie par la perception qu'entretient la population à l'égard du système de santé. En ce sens, les Québécois semblent souffrir du syndrome du verre à moitié vide. S'il est constructif de rester critique face à notre système de santé et de chercher à l'améliorer, il ne faudrait pas pour autant croire que ce système est pourri jusqu'à la racine. Je pense plutôt que nous aurions intérêt à nous inspirer de tous les petits miracles discrets de ce système dans notre quête de solutions et d'évolution.

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires

C'EST L'ORGANISATION QUI EST MALADE

La note de 32% accordée par les Québécois à notre système de santé ne me surprend pas outre mesure. Au fil des ans, j'ai été témoin, tant au niveau local que provincial de plusieurs réorganisations. Les divers ministres de la Santé que nous avons eus sont tous pleins de bonne volonté et tentent d'améliorer les choses. Par contre, aucun d'entre eux ne s'est attaqué au vrai problème. Selon moi, c'est l'organisation qui est malade. Environ 800 personnes gravitent autour du ministre de la Santé. Plus de 2500 personnes sont employées par les diverses agences de santé que Jean Charest avait promis d'abolir. Des postes-cadres et d'encadrement superflus et souvent inutiles au niveau local. Voilà quelques exemples auxquels un ministre de la Santé et un gouvernement courageux devraient s'attaquer afin de redorer le blason d'un réseau qui pourrait être viable, humain et efficace. Il faut cesser de couper des postes comportant des soins directs aux patients et s'attaquer à cette mégastructure dans laquelle le malade est au bas de l'organigramme et où le cadre et le haut fonctionnaire occupent le haut du pavé. Contrairement au ministre qui, déguisé en médecin, visite sporadiquement les établissements de santé, mes consoeurs, confrères ainsi que moi-même côtoyons la détresse humaine au quotidien et constatons que nos patients sont très satisfaits des soins reçus une fois entrés dans le système. Sans être scientifique, mon sondage personnel placerait le taux de satisfaction des patients pris en charge à 90%. Si j'avais un seul conseil à donner au ministre Bolduc, je lui suggérerais fortement de consulter et surtout d'écouter ce que les intervenants présents sur le terrain ont à lui dire. Notre expérience, notre compassion et notre dévouement reflètent la réalité d'un système qui dispense des soins à des êtres humains mais qui malheureusement, par manque de vision et de volonté politique, devient de moins en moins humain. Il faut cesser de réagir. Il faut agir!

Caroline Moreno

Écrivain

UN SYSTÈME À ENTRETENIR

Beaucoup de pays connaissent des problèmes similaires: les populations augmentent, les gens ne rajeunissent pas; ils sont de plus en plus sédentaires, ils ont de mauvaises habitudes alimentaires, ils sont soumis au stress, etc. Cela dit, le Québec possède un très bon système de santé. Mais, comme l'état des routes, il s'avère nécessaire de l'entretenir... Pour ce faire, il importe d'investir dans la formation des intervenants (infirmiers, techniciens, généralistes, spécialistes) et dans l'achat de matériel d'appoint. La construction de deux mégacentres hospitaliers devrait, à cet effet, être remise en question. D'autre part, il est nécessaire de faire connaître aux gens les coûts liés à leurs visites médicales et aux soins qui leur sont donnés car, rien n'est gratuit. Il existe aussi d'autres alternatives que les hôpitaux (CLSC, cliniques, INFO-SANTÉ). Éducation, prévention, moins de béton, voilà qui aiderait à la bonne marche des choses.

Jana Havrankova

Endocrinologue

SONDAGE DOUTEUX, RÉALITÉ DÉPLORABLE

Il est hasardeux de tirer des conclusions sur les perceptions du système de santé à partir d'un sondage pancanadien sur internet auprès de seulement 2300 personnes. Il est encore plus périlleux de comparer les Québécois avec les autres Canadiens à partir d'un échantillon aussi restreint. Cela dit, il serait bien compréhensible que les Québécois soient peu satisfaits de leur système de soins. Faut-il encore énumérer ses multiples défaillances? Une bureaucratie pléthorique n'arrive pas à structurer un réseau adéquat. Où est l'informatisation promise pour 2010? Pourquoi ne favorise-t-on pas davantage la prise en charge des patients? Pourtant, le manque de prévention et de soins de base conduit à l'encombrement des urgences et à la prolifération des cliniques sans rendez-vous, ces fast-foods des soins, qui constituent les seuls endroits où peuvent se tourner les quelque 20% des Québécois orphelins de médecin de famille. À ces problèmes de fond s'ajoutent le vieillissement de la population, l'augmentation de la prévalence de maladies chroniques dès le jeune âge, les exigences croissantes des patients de plus en plus informés, le manque de coordination interprofessionnelle, la pénurie de lits de longue durée. L'accent mis par les médias sur des problèmes, même mineurs, ne favorise pas non plus une appréciation positive des soins. Une mince consolation pour les soignants : les Canadiens seraient à 75% satisfaits des soins reçus, une fois qu'ils réussissent à y accéder...

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Pierre Simard

Pierre Simard

Professeur à l'École nationale d'administration publique, à Québec

UN PHÉNOMÈNE NORMAL

Depuis 50 ans, la part des dépenses de santé dans l'économie canadienne a plus que doublé. Dans un article à paraître dans la revue Optimum Online, le professeur Gérard Bélanger de l'Université Laval montre que l'accroissement de ces dépenses est un phénomène normal: «La demande pour les soins de santé et de mieux-être s'accroît appréciablement avec les revenus de la population.» Bref, si nous dépensons toujours davantage pour la santé, c'est d'abord et avant tout parce que nous voulons toujours plus de services. Peut-on espérer une réduction des coûts de santé dans l'avenir? Probablement que non: «Dans le monde des soins de santé, le progrès des connaissances se traduit bien souvent par l'émergence de nouveaux et de meilleurs traitements et non pas par la réduction des coûts des traitements existants». Dans cette perspective, tant que les citoyens du Québec seront captifs d'un régime de santé public gratuit et budgétivore, il faut s'attendre à ce qu'ils expriment leurs attentes et leurs frustrations au gouvernement dans les sondages d'opinion. Face à un monopole public, où il est impossible de voter par les pieds et d'aller chez un concurrent, le «tam-tam» demeure le seul moyen d'expression populaire.

Richard Vigneault

Consultant en communication et membre de l'Idée fédérale

FAIRE DES CHOIX

C'est reconnu, une fois entrés dans le système de santé, les citoyens obtiennent les services requis. C'est l'accès au système qui est difficile. De plus, on a une fâcheuse tendance à rapporter les défauts du système de santé plutôt que ses bons coups. Il y a pourtant, chaque jour, des milliers de personnes qui reçoivent des soins adéquats. Malgré cela, la perception positive est à la baisse alors que les coûts sont toujours à la hausse. Sur le plan financier et c'est la véritable menace, le système souffre d'obésité morbide. Depuis l'implantation du régime d'assurance maladie, la facture du système a été noyée dans une grande marmite qu'on appelle «gratuité». Pourtant, cette soi-disant gratuité des soins de santé absorbera bientôt à elle seule près de 50% des dépenses de programme de l'État. L'appétit des organisations représentant les professionnels de la santé est sans limites et l'employeur unique est le gouvernement, une entité considérée comme ayant toujours de l'argent et sommée de payer, peu importe la situation des finances publiques, la santé étant une vache sacrée. La santé est étatisée et c'est un «choix de société», un autre, dont personne ne veut plus remettre le modèle en question. Or, la rigidité est le propre de tous les systèmes étatisés et le contraire de la souplesse nécessaire pour s'adapter aux changements. L'organigramme du ministère de la Santé et des Services sociaux est d'une complexité hallucinante. L'apport d'argent frais du secteur privé est marginal et est considéré comme un péché mortel par la plupart des organisations syndicales du secteur public de la santé. Plus personne n'ose évoquer l'expression «ticket modérateur», surtout depuis que le ministre des Finances a choisi la voie d'une contribution santé, déjà insuffisante. L'augmentation du coût de traitements de plus en plus spécialisés et des molécules continue d'exercer de fortes pressions sur le financement. Ces pressions vont être multipliées par dix en raison du vieillissement de la population et de l'allongement spectaculaire de l'espérance de vie. Dans ces circonstances, la faible appréciation des Québécois du rendement de leur système de santé est probablement liée aux inquiétudes que suscite son avenir tout autant que par la perspective de se retrouver pendant 48 heures sur une civière à l'urgence ou sans médecin de famille lorsque le besoin se présente. Si l'on ne veut pas remettre en question ce choix de société de la santé, il faudra certainement revoir à la baisse la liste des autres choix collectifs que le gouvernement fait en notre nom et réduire celle des autres dépenses publiques que tous les groupes intéressés n'ont de cesse de définir comme des priorités.

Charles Dussault... (Archives La Presse) - image 9.0

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Charles Dussault

Archives La Presse

Charles Dussault

Président de la Fédération des médecins résidents du Québec

UNE IMAGE À REFAIRE

C'est bien connu que l'opinion que les Québécois ont de leur système de santé est mitigée. Les temps d'attente sont longs, notamment aux urgences, et, depuis le temps que l'on nous fait des promesses pour régler ce problème, plus personne n'y croit. Nous avons un système de santé qui nous coûte quelque 30 milliards $. Il est donc normal de se demander pourquoi, avec tant d'argent, nous éprouvons autant de problèmes. Pourquoi nos politiciens sont-ils incapables de trouver des solutions durables? Ces derniers nous répètent ad nauseam qu'il faut faire plus avec moins. Il faut croire que cet axiome ne s'applique qu'à nous, et pas à eux. Les soins qui sont dispensés dans notre réseau sont d'excellente qualité et tous s'accordent pour dire que, lorsque nous sommes pris en charge, il y a là un professionnalisme remarquable qui ne se dément pas. Il faut comprendre que, peu importe la maladie, celui qui en est atteint devient une personne vulnérable. Et, cette vulnérabilité se trouve à être exacerbée par les temps d'attente ou par la très grande difficulté de se dénicher un médecin de famille qui pourrait nous prendre en charge. La prise en charge à elle seule a son importance, car, vous savez qu'il y a un professionnel de la santé qui s'occupe activement de votre cas. Que ce professionnel de la santé fera le nécessaire pour vous soulager et vous guérir. Cette confiance que l'on a dans son médecin, l'on devrait être en mesure de l'avoir également dans notre système de santé. Il y a là une image à refaire.




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