Quelle signification revêt la Fête nationale pour vous? Est-ce la fête de tous les Québécois? Des francophones uniquement? Des souverainistes et fédéralistes confondus? Est-ce important de célébrer la fête de la Saint-Jean?

LA PRESSE

LES COMMENTAIRES DOIVENT ÊTRE SIGNÉS. MAXIMUM DE 150 MOTS.



Mélanie Dugré

Avocate



LA FÊTE QUI TRANSCENDE LE TEMPS

Évidemment qu'il faut célébrer la Fête nationale! Il s'agit d'une occasion unique de prendre un temps d'arrêt afin de souligner le privilège que nous avons d'être Québécois. Au fil des années, nous avons vu cette fête se transformer. De la célébration d'une souveraineté espérée, elle est devenue symbole d'un Québec uni malgré ses conflits et ses défis. Si certains ressentent la nostalgie du passé, je trouve pour ma part qu'il est émouvant et inspirant de voir tous ces gens, toutes origines et croyances politiques confondues, à qui le Québec donne envie de chanter et de danser. Je crois aussi que cette fête n'a pas à porter la même signification pour tous. Il y a sans doute autant de raisons de célébrer qu'il y a d'individus rassemblés au parc Maisonneuve ou sur les plaines d'Abraham. On parle beaucoup ces jours-ci de la chute du Parti québécois et de la descente aux enfers du mouvement souverainiste. L'avenir dira ce qu'il adviendra de ces enjeux de société. Mais les guerres intestines politiques et les grands débats idéologiques ne pourront jamais altérer la grandeur de l'histoire du Québec, la beauté de son paysage, la noblesse de sa langue, la richesse de sa culture et la diversité de son peuple. C'est là ce qu'il faut prendre le temps de célébrer en ce 24 juin.



Mélanie Dugré

Francine Laplante

Femme d'affaires et présidente de la fondation des Gouverneurs de L'Espoir



PAS DE QUOI CÉLÉBRER

Je ressens un profond malaise avec la fête de la Saint-Jean. Je suis loin d'être persuadée que nous avons la bonne façon de fêter notre fierté d'être Québécois, lorsque je vois des jeunes consommer de l'alcool abusivement, lorsque j'entends parler des personnes affichant le drapeau du Québec sur leur auto et leur balcon et que je constate que leur vocabulaire comprend bien souvent plus de mots provenant de l'église que du dictionnaire Larousse, lorsque je constate que la grande majorité de ces jeunes ne connait même pas les grands enjeux de la société. Je suis un peu lasse des discours souverainistes des artistes qui se donnent en spectacle et de la réaction des foules qui applaudissent à tout rompre toutes les fois que l'on clame haut et fort «Vive un Québec libre». La fierté d'être Québécois serait pour moi d'avoir la même foule dans les rues du centre-ville pour dénoncer l'absurdité des problèmes d'accessibilité aux soins de santé, de congestion, de pauvreté, de gestion de nos villes que lors des spectacles du 24 juin. Je pense qu'il est temps d'arrêter de rêver. Comment peut-on être fier d'être Québécois quand rien ne va plus dans l'économie et que nous n'agissons pas concrètement pour faire entendre notre mécontentement? Pour moi, la Fête nationale n'est rien d'autre qu'un gros party pour souligner le début des vacances et permettre aux gens de festoyer. Je serai fière d'être Québécoise le jour où tous les enfants du Québec mangeront à leur faim, lorsque toutes les personnes âgées pourront vivre dans la dignité, lorsque nous pourrons circuler en toute sécurité sur le réseau routier, lorsque l'économie sera florissante et lorsque la corruption sera radiée... Vous me trouvez peut-être « casseuse de party »? Vous avez peut-être raison, je suis trop préoccupée par tout ce qui se passe actuellement dans notre société pour faire la fête. Désolée!





Marilyne Lafrenière

Chargée de cours en histoire au cégep de Trois-Rivières et au collège de Shawinigan



POUR SE REMÉMORER NOS RACINES

Les célébrations de la Saint-Jean sont nécessaires pour consolider les liens entre les francophones et tous ceux qui se sentent Québécois. C'est aussi un moment particulier d'expression de notre culture nationale. Ce point de vue, je le partage en y ajoutant ceci : la Saint-Jean est aussi une des rares occasions de prise de parole dans notre société. Le discours en est l'exemple le plus patent et le point culminant. Alors que la jasette, le potinage, les rumeurs pullulent, la parole se fait rare. Elle est présente le soir de la Saint-Jean. Nationalistes ou non, des propos sur une perception du Québec y sont livrés devant une foule et diffusés à la télévision. Une photo est prise. Des réactions sont émises. On en parle. La spécificité du discours de la Fête nationale est d'être porté par un artiste. Porteur d'un message, l'artiste - qu'il soit populaire, engagé ou non - retrouve  son rôle social et la population renoue avec sa culture démocratisée pour une soirée, une année, une vie. La fête nationale est une occasion annuelle de se remémorer nos racines et de constater l'état actuel de nos fleurdelisés culturels.



Guillaume Lavoie

Directeur exécutif de Mission Leadership Québec et membre de l'Observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand



CÉLÉBRER NOTRE HÉRITAGE, AU TEMPS PRÉSENT!

Partout dans le monde, les fêtes nationales sont la célébration d'un trait d'union entre le présent et le passé. À ce titre, la situation québécoise n'est pas différente de celle qui prévaut dans d'autres pays. Il n'y a donc pas de conflit entre la célébration de notre histoire, notamment la présence, la survivance et l'émergence des francophones comme majorité politique, et le fait que la fête puisse aujourd'hui rejoindre les Québécois de toutes origines. La fête nationale américaine est un bon exemple. Le 4 juillet marque l'anniversaire de l'indépendance du pays - et d'une rébellion contre un régime qui brimait les libertés de ses citoyens. Mais personne ne suggère que cette fête célèbre davantage les descendants des pères fondateurs que ceux des millions d'immigrants qui ont suivi (dont le président Obama fait partie d'ailleurs). Le fait que le Québec, comme société majoritaire francophone en Amérique du Nord, enrichie par sa minorité anglophone historique comme par les immigrants qui ont suivi - depuis nos tous débuts - s'affirme et réussit, en paix et en prospérité, est source de célébration pour tous ceux qui habitent le Québec... et même pour ceux d'ailleurs qui pourraient y trouver un modèle inspirant.



Raymond Gravel

Prêtre dans le diocèse de Joliette



UNE FÊTE QUI DOIT RASSEMBLER

La Fête nationale du Québec porte toute une histoire. La réserver seulement à quelques-uns, ce serait renier notre identité. Elle doit rassembler; elle doit s'enrichir des autres cultures qui s'ajoutent à la nôtre, parce que nous sommes une terre d'immigration. Au Québec, la Fête nationale, c'est en même temps la Fête de la St-Jean-Baptiste; donc, une fête religieuse qui fait partie de nos racines, de notre culture et de notre identité. Qui de mieux que saint Jean le Baptiste, ce prophète des temps nouveaux, pour nous rappeler que nous devons nous tenir debout comme peuple, comme nation, et être fiers de ce que nous sommes ? Par ailleurs, la Fête nationale doit se célébrer en français, non seulement au Québec, mais partout où on la célèbre. Au début, la Saint-Jean était la fête des Canadiens français; lorsqu'elle a revêtu son caractère de Fête nationale pour le Québec, elle a pris une direction nouvelle pour souligner l'importance du peuple québécois qui est composé d'une multitude de cultures, mais dont la langue demeure le français. Aussi, nous devons lui conserver sa dimension chrétienne; la Saint-Jean nous rappelle la foi de nos ancêtres, qui fait partie de notre patrimoine culturel. Bonne Fête nationale! Bonne St-Jean!



Raymond Gravel

Jean Bottari

Préposé aux bénéficiaires



FÊTE DE TOUS LES QUÉBÉCOIS

Né au Québec de parents italiens, la Fête nationale est pour moi la célébration, à la fois de notre diversité, de notre langue, de notre culture et  de notre statut unique en Amérique du Nord. Le 24 juin nous donne l'opportunité de nous affirmer en tant que peuple distinct, dans un pays qui nous reconnaît depuis peu comme nation. Outre la ferveur entourant cette fête, nous devrions, selon moi, affirmer nos différences avec le reste du Canada 365 jours par année. Nous devrions être en mesure, entre autres, de défendre et viser a instaurer la langue française dans nos milieux de travail, nos commerces ainsi que dans nos familles. Le fait français, c'est l'affaire des Québécois de souche mais aussi des immigrés qui célèbrent la Fête nationale de leur terre d'accueil à nos côtés.











Léo Bureau-Blouin

Président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)



UN «PARTY» ESSENTIEL

Il existe au Québec plusieurs congés fériés, mais c'est, et de loin, le 24 juin qui remporte la palme du plus gros «party». Exit Noël, Pâques et l'Action de grâce, la Saint-Jean-Baptiste est l'ultime célébration des Québécois. Mais que signifie pour nous ce gros «party» et quels enseignements pouvons-nous en tirer?

Fête autrefois religieuse destinée à souligner l'arrivée de l'été, le 24 juin est devenu une fête patriotique canadienne-française, pour finalement s'établir comme fête nationale de tous les Québécois et ce, sans égard à leur langue maternelle. En plus du côté festif, la Saint-Jean a souvent été un moment propice pour canaliser les aspirations du peuple québécois. L'aspect politique qu'a pris la fête lors de la Révolution tranquille et de la montée du mouvement souverainiste en est un bel exemple. L'histoire du Québec et la Saint-Jean-Baptiste sont donc intimement reliées. Comme la Saint-Jean, nous sommes passés de Canadiens français très croyants à un peuple moderne et ouvert sur le monde. En somme, le 24 juin est une fête en constante évolution qui permet de célébrer notre culture et de se rappeler, l'espace d'un instant qui nous sommes. Une fête assurément nécessaire, une sorte de catharsis collective qui permet de lâcher son fou (mais pas trop) et de passer à travers l'autre année qui s'amorce. Bonne Saint-Jean!



Photothèque Le Soleil, Carl Thériault

Le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec, Léo Bureau-Blouin.

Pierre Simard

Professeur à l'École nationale d'administration publique à Québec



LA «FÊTE DE LA POLICE»?

Selon l'Encyclopédie canadienne, la célébration de la Saint-Jean est une tradition qui remonte à 1636. Longtemps considéré comme la fête des Canadiens français, la Saint-Jean est depuis 1977 la fête nationale des Québécois. Aujourd'hui, la Saint-Jean est un événement hautement politisé. Ce qui devrait être la fête de tous les Québécois est devenu l'événement propagandiste des souverainistes du Québec. D'ailleurs, pas question d'y faire chanter un groupe de musiciens anglophone. Ô sacrilège! Cette année à Québec, ce n'est pas l'étalage de la ferveur nationaliste qui retient l'attention. On ne parle guère, non plus, des artistes qui se produiront sur les divers sites. Ce qui retient l'attention, ce sont les nouvelles mesures de sécurité mises de l'avant pour contrer les débordements festifs. Depuis des mois, les autorités se bousculent dans les médias pour faire étalage de leur souci soudain de faire respecter l'ordre public. Au menu : déploiement policier, périmètre de sécurité, contrôle de l'alcool et transport en commun. S'il y a eu d'inévitables débordements dans le passé, on doit aujourd'hui s'interroger sur ces mesures mises de l'avant pour contrer les excès de quelques jeunes... Des écervelés qui, avouons-le, trouveront toujours les moyens de briser et de casser, policiers ou non.  Aurait-on mis la table pour un éventuel débordement? Espérons que tout cet autoritarisme ne dégénère pas en « fête de la police ».