Pour favoriser la réussite scolaire des garçons, devrait-on embaucher en priorité des enseignants masculins au primaire? Selon vous, la présence d'un grand nombre d'hommes dans le corps professoral serait-elle une solution efficace contre le décrochage scolaire des garçons?

Mis à jour le 30 mars 2011

LES COMMENTAIRES DOIVENT ÊTRE SIGNÉS. MAXIMUM DE 150 MOTS.

Martin Lépine

Enseignant au primaire et au secondaire pendant 10 ans, et didacticien du français à l'Université de Sherbrooke.

DES CONDITIONS DE TRAVAIL À AMÉLIORER

Pour contrer le décrochage scolaire et assurer la réussite du plus grand nombre d'élèves, il faut des enseignants passionnés, intelligents et créatifs, qu'ils soient homme ou femme, des êtres d'une curiosité intellectuelle exemplaire. Pour attirer ce type de candidats de grande qualité dans l'enseignement, il est impératif d'améliorer les conditions de travail des enseignants masculins et féminins. D'abord, augmenter le salaire; ensuite, alléger la tâche; enfin, donner accès à de la formation continue et offrir des possibilités d'avancement. Solutions coûteuses, oui, mais souhaite-t-on réellement faire de l'éducation une priorité nationale? La réussite à l'école repose sur de multiples facteurs, dont les enseignants. Cependant, on sait que l'échec scolaire touche particulièrement les jeunes de milieux défavorisés et que c'est en leur offrant de l'aide spécialisée dès le plus jeune âge qu'on pourra les prémunir contre un éventuel décrochage. Les enseignants doivent être considérés par tous, citoyens, parents et enfants, comme de véritables professionnels, des passeurs culturels libres de leurs choix pédagogiques et didactiques pour captiver, étonner et aimer les élèves qui leur sont confiés, garçons et filles. Qu'il y ait plus d'hommes dans les écoles du Québec, soit! Retenons cependant qu'être un homme n'est pas nécessairement signe de compétence en enseignement.

Raymond Gravel

Prêtre dans le diocèse de Joliette et animateur spirituel des policiers de Laval et des pompiers de Montréal.

LES FEMMES PLUS APTES

Qu'il s'agisse d'une femme ou d'un homme qui enseigne à un enfant du primaire, fille ou garçon, l'enseignant est, en quelque sorte, la continuité ou le prolongement du ou des parents. C'est pourquoi, à cet âge, le sexe du professeur n'a pas tellement d'importance: l'enfant lui vouera une admiration sans bornes s'il se sait aimé par son prof. Cependant, si on assiste aujourd'hui à un taux de décrochage scolaire croissant, même au primaire, c'est que nous constatons un manque d'encadrement flagrant pour nos petits. Dans des contextes familiaux parfois difficiles, les enfants ont besoin d'être rassurés, réconfortés et guidés dans leur apprentissage de la vie et dans l'acquisition de connaissances que les enseignants ont pour mission de leur inculquer. Aussi, comme les enfants ont tout à apprendre, l'enseignant du primaire n'est pas seulement un transmetteur de connaissances dans des matières précises; il lui faut une formation multidisciplinaire et une approche pédagogique particulière pour que s'établissent une confiance et un respect mutuel entre l'enfant et son professeur. Je serais même porté à penser que les femmes sont plus aptes à remplir ce rôle auprès des enfants, surtout au premier cycle du primaire. Qu'on le veuille ou non, les femmes ont naturellement cette sensibilité éducative qui permet aux jeunes enfants de se développer et de s'épanouir.

Pierre Curzi

Député péquiste de Borduas et vice-président de la Commission de la culture et de l'éducation.

UN LIEN AFFECTIF NON SEXUÉ

Nous étudions le décrochage scolaire dans le cadre des activités de la Commission de l'éducation à l'Assemblée nationale du Québec. Les députés sont allés dans deux écoles spécialisées, à l'école Le Tournant de Dolbeau-Mistassini et à L'Envol de Joliette, rencontrer de jeunes garçons et de jeunes filles qui ont décroché ou qui étaient sur le point de le faire. Nous les avons écoutés. Nous avons écouté le personnel de ces écoles de même que les parents des jeunes. Le lien affectif que ce jeune établit avec un adulte accueillant est le coeur et la clé de leur réussite humaine et scolaire. Ce lien n'est pas sexué, mais il est évident que cela peut faciliter le développement du lien affectif. Les élèves recherchent des professeurs qualifiés, passionnés qui aiment leur métier et leurs élèves. Oui à une présence plus équilibrée des hommes au primaire, mais surtout oui à une très grande valorisation des enseignants et oui aux meilleures conditions d'exercice de leurs compétences.

François Bonnardel

Député adéquiste de Shefford.

PAS DE FORMULE MAGIQUE

Dans un contexte où le Québec connaît une pénurie de main-d'oeuvre dans beaucoup de secteurs de son économie, il a plus que jamais besoin de toute sa force de travail. Malheureusement, le taux de décrochage scolaire est toujours aussi dévastateur, en particulier chez nos garçons. Bien entendu, pour remédier à cette situation difficile, il ne faut rejeter aucune piste de solution. Nous savons que les jeunes garçons ont besoin de s'identifier à des modèles. Si embaucher plus d'enseignants masculins a un effet bénéfique sur la réussite des jeunes garçons et contribue à les accrocher à leur milieu scolaire, il faut valoriser cette solution. Mais pour faire une véritable lutte efficace au décrochage scolaire, il n'y a pas de formule magique. Si nos professeurs, qu'ils soient des hommes ou des femmes, n'ont pas accès à des services et à du matériel adéquats, nous ne réglerons pas le problème. À quoi bon installer des tableaux intelligents dans les 43 000 salles de classe du Québec quand une bonne partie d'entre elles doivent travailler avec des dictionnaires et des manuels scolaires datant d'il y a 20 ans? Surtout, l'ADQ propose toujours de mettre fin à la culture bureaucratique qui sert mal l'intérêt de nos enfants. En redistribuant les ressources directement dans les écoles, nous en ferons profiter ceux vers qui tous nos efforts devraient être dirigés: les élèves du Québec.

Pierre-Yves McSween

Comptable et chargé de cours à HEC Montréal.

TOUT COMMENCE À LA MAISON

Il est certain qu'un meilleur équilibre de représentation des deux sexes au niveau des enseignants ne pourrait certainement pas nuire à la quête d'un modèle pour les jeunes garçons. Est-ce que la discrimination positive est une solution au décrochage? Peut-être, mais elle ne changerait pas nécessairement de façon significative le nombre d'étudiants masculins en enseignement du primaire dans nos universités. Si nous voulons collectivement valoriser l'enseignement, nos gestes doivent être conséquents. Ainsi, augmenter le salaire de tous les enseignants serait une marque de reconnaissance des priorités de notre société. En outre, la discrimination positive est une mesure qui crée souvent de l'injustice et qui ne permet pas d'offrir un poste à la personne la plus compétente pour un emploi. D'un point de vue tout à fait personnel, la meilleure arme contre le décrochage scolaire demeure l'implication des parents. Mes parents, particulièrement ma mère, ont été présents et exigeants tout au long de mon cheminement scolaire. À la maison, les études étaient valorisées. Mes parents étaient des absents chroniques lors de mes matchs de hockey ou de soccer. Par contre, lorsqu'il était question des devoirs, des leçons et des rencontres avec les professeurs, ils étaient toujours présents. Valoriser les études dans les paroles est une chose, mais mettre de côté ses activités personnelles pour consacrer quotidiennement une heure de son temps à ses enfants, c'est investir dans leur avenir.

Léo Bureau-Blouin

Président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)

IL N'Y A PAS DE SOLUTION MAGIQUE

Une plus grande diversité du corps enseignant peut certainement améliorer la persévérance scolaire. Nous pourrions par exemple consacrer plus d'effort à la rétention des enseignants masculins de niveau primaire. En effet, plusieurs étudiants en enseignement primaire ne terminent pas leur formation pour diverses raisons, dont les préjugés. Il faut valoriser la profession enseignante de manière à attirer un plus grand nombre de candidats. Il ne faut cependant pas s'attendre à ce que la présence de quelques enseignants de sexe masculin renverse soudainement la vapeur... Il nous faut une stratégie d'ensemble qui permettra d'offrir un encadrement adéquat à tous les élèves du Québec. Qu'on pense à l'octroi de ressources supplémentaires pour l'embauche de personnel spécialisé ou encore à l'amélioration des infrastructures sportives, les solutions existent. Il faut simplement écouter le milieu et la population et mettre en place de véritables politiques de lutte au décrochage scolaire. Dans le même ordre d'idées, nous devrions aussi consacrer plus d'effort à l'embauche de cadre féminin dans notre réseau de l'éducation. Il est décevant de constater qu'encore aujourd'hui, la plupart des postes de cadre sont occupés par des hommes. Il faut assurer une juste représentation de la société québécoise au sein de l'ensemble du réseau de l'éducation!