Disons-le carrément: l'actuel système de financement des partis politiques est antidémocratique. Il est à la base de ce qui ressemble de plus en plus à de la corruption et une commission d'enquête ne changera rien à l'affaire.

Publié le 5 juin 2010
François Geoffroy

L'auteur est professeur de littérature au cégep Montmorency.
LA PRESSE

Disons-le carrément: l'actuel système de financement des partis politiques est antidémocratique. Il est à la base de ce qui ressemble de plus en plus à de la corruption et une commission d'enquête ne changera rien à l'affaire.

Voilà déjà plusieurs mois que cette question fait la une des médias. Du municipal au provincial, personne, ou presque, n'échappe aux éclaboussures de ces scandales qu'on nous révèle à la pièce, certains étant tellement énormes qu'on en oublie les détails, noyés qu'ils sont dans une avalanche de boue dont on ne voit plus la fin. Personne ne s'étonne de ces accusations qui ne font que renforcer un cynisme qui se portait déjà très bien merci.

Quand tous les acteurs d'un système se voient pris à partie de la sorte, une conclusion s'impose: c'est le système lui-même qui pose problème. Comment ne pas le voir? La démocratie, faut-il le rappeler, repose sur un principe simple: le vote de tous les citoyens doit avoir un poids égal, peu importe leur race, leur sexe et leurs moyens financiers. Or, dans la mesure où tout don, aussi minime soit-il, vise à augmenter les perspectives de victoire d'un parti, la logique la plus élémentaire permet de conclure que le citoyen qui donne 3000$ influe davantage sur le résultat d'une élection que celui qui ne donne rien. La balance démocratique, dès lors, est faussée.

Et ce n'est qu'une partie du problème. Actuellement, aucun des principaux partis politiques ne peut survivre sans les dons de ses partisans. Ce système de financement a donc pour conséquence directe de forcer tous les politiciens à passer une grande partie de leur temps à courtiser les donateurs, lesquels sont forcément beaucoup plus nombreux dans la frange la plus fortunée de la population. Les pauvres n'ont pas 3000$ à donner. Autrement dit, pour accéder au pouvoir, un parti doit forcément en arriver à un important niveau de collusion avec des intérêts privés. Comment s'étonner, à partir de là, qu'on parle de retour d'ascenseur, ne serait-ce que de façon occasionnelle?

En 1977, le Québec a reconnu ce problème et a adopté une loi qui encadre rigoureusement le processus de financement des partis. Ce premier pas, à l'époque, était considérable. Aujourd'hui, nous sommes pourtant forcés de constater que cette loi est insuffisante. Il n'y a qu'une façon de venir à bout de cette gangrène qui, on le voit de plus en plus, a des conséquences qui vont du gaspillage de fonds publics à - ce qui est pire - la perte de confiance des citoyens dans leurs institutions. Qu'on se décide enfin à financer publiquement, à 100%, tous les partis politiques. Avec quel argent? Visiblement, les plus fortunés de notre société ont actuellement les moyens de donner 3000$ à des «donneurs d'ouvrage», pour reprendre une expression utilisée récemment. Si cet argent est disponible, l'impôt devrait pouvoir aller le chercher sans appauvrir la population québécoise.

La bidoucratie, ce système dans lequel l'importance d'un citoyen est directement proportionnelle à l'épaisseur de son portefeuille, a toujours été une partie importante de la vie politique. La question du financement des partis politiques n'en est, aujourd'hui, que la manifestation la plus visible. Si nous désirons assainir notre démocratie, il faudrait pourtant nous attaquer en priorité à ce problème. Les Québécois méritent mieux que d'avoir des gouvernements élus par et pour les collecteurs de fonds.