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Le Village triste

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Patrick Poisson

L'auteur réside dans le Village gai à Montréal.

Cyberpresse

L'éditorial «Islamophobie» de Mario Roy, publié le week-end dernier, m'a permis de réfléchir à une phrase qu'une collègue m'avait dite il y a un peu plus d'un an alors que nous discutions des accommodements raisonnables : «Nous n'avons pas à tout accepter ». Plus précisément, cette phrase dans l'éditorial de M. Roy où il écrit : «Le cas des Néerlandais, symboles vivants de la tolérance maintenant accusés d'intolérance, est emblématique.»

Quelques minutes avant de lire ces lignes, je venais d'écrire une lettre au maire de Ville-Marie, Gérald Tremblay, ainsi qu'au commandant du poste de quartier 22, situé dans le Village gai, concernant la croissance fulgurante du nombre de sans-abri et de pushers dans le quartier.

La piétonisation de la rue Sainte-Catherine, excellente idée en soi, nous donne accès à un freak show quotidien pour qui ose encore se promener sur cette artère entre Berri et Amherst, de jour comme de soir.

De quartier enjoué et sécuritaire que j'ai connu il y a quelques années, le Village gai est devenu le rassemblement des plus démunis, des plus amochés, des laissés-pour-compte. Ceux dont le reste de la population ne veut pas dans sa cour. Ils sont chez nous chez eux.

Le Village ressemble de plus en plus à l'Accueil Bonneau, mais à ciel ouvert. Parce qu'ils sont dans le centre-ville, parce que les organismes y sont situés, parce qu'ils ne veulent pas faire vivre aux autres l'intolérance qu'ils ont eux-mêmes vécus par le passé, les résidants du quartier acceptent avec dépit que leurs rues et leurs parcs deviennent la foire commerciale des drogues de rue et d'un lamentable freak show montréalais.

Afin d'enfoncer un peu plus le clou dans le cercueil des belles années du Village, on annonce que le Refuge des jeunes déménagera directement sur Sainte-Catherine, au coeur du quartier, dans un ancien sauna ! Plus grand que le précédent. Toujours plus grand.

Ne pas tout accepter. Aujourd'hui, je me sens Néerlandais. Depuis que je traverse à pied, tous les matins pour me rendre au travail, la rue Sainte-Catherine entre Amherst et Berri, je me sens Néerlandais. Depuis que je ne me sens plus en sécurité lorsque j'ai envie d'aller marcher le soir dans les rues de mon quartier, je me sens Néerlandais. Depuis le retour du gay bashing, je me sens Néerlandais. Je ne croyais pas devenir un jour intolérant, mais aujourd'hui, je me vois contraint d'avouer cette intolérance emblématique.

Les autorités ont laissé aux vendeurs de drogue le Village gai, mais comme tout commerce qui profite, il faut s'attendre à voir une expansion considérable au cours des prochaines années de la vente de crack, bien au-delà des limites de ce que nous sommes en droit d'appeler aujourd'hui, le « Village triste ».




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