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Oui ou Non... l'Écosse va changer

Yves Boisvert
La Presse

(ÉDIMBOURG) Ce fut une longue aventure et quoi qu'il arrive demain, rien ne sera plus jamais pareil en Écosse, me dit l'homme au bout du fil.

Kenyon Wright a 82 ans et a été témoin privilégié de la longue marche constitutionnelle de l'Écosse. Quand une «assemblée constitutionnelle écossaise» été formée, en 1981, le gouvernement britannique a éclaté de rire.

Comment prendre ça au sérieux?

Deux ans plus tôt, les Écossais avaient dit «non» à un référendum portant sur la création d'un Parlement écossais et une plus grande autonomie politique. En fait, ils avaient dit «oui» à 51,6%, mais le taux de participation n'ayant pas atteint le seuil des 40%, le «non» l'avait emporté.

Une aussi faible participation (33%) ne témoignait pas d'un très grand enthousiasme nationaliste et Westminster considérait le dossier comme clos.

L'assemblée a tout de même été formée, M. Wright l'a présidée. Elle réunissait des représentants de différents groupes et de tous les partis, sauf deux: les conservateurs de Margaret Thatcher et... le parti nationaliste, le Scottish National Party (SNP).

«Le SNP savait que nous cherchions un compromis et que l'indépendance ne serait pas une conclusion possible pour nous», dit cette sorte de sage, qui, quoique «patriote», n'était pas favorable à l'indépendance.

La Convention a accouché en 1995 d'un rapport qui recommandait la création d'un Parlement à Édimbourg. Les travaillistes de Tony Blair, arrivés au pouvoir en 1997, ont immédiatement organisé des référendums en Écosse et au pays de Galles, où les projets de «dévolution» ont été entérinés largement.

«Il n'y a pas de Constitution écrite du Royaume-Uni, seulement des traditions et des conventions qui évoluent au fil du temps. Techniquement, un futur Parlement n'est jamais lié par le précédent.»


Les travaillistes, historiquement très forts en Écosse, pensaient avoir réglé le cas avec ce compromis, et casser les reins au mouvement indépendantiste. Ils n'imaginaient pas qu'en 2011, le SNP prendrait la majorité des sièges et organiserait un référendum trois ans plus tard.

«C'est assez renversant que Westminster ait accepté les règles du référendum, mais sans doute que Cameron était convaincu de gagner; les sondages n'avaient jamais donné plus de 33% au Oui.»

***

Wright, un ancien pasteur et missionnaire, représente assez bien l'évolution d'une portion de l'opinion. Il est devenu indépendantiste sur le tard.

«Ce n'est pas l'Écosse qui s'est éloignée, c'est l'Angleterre qui a viré à droite. En 1955, l'Écosse a voté majoritairement pour les conservateurs. Le SNP était formé d'un petit groupe d'excentriques que personne ne prenait au sérieux. L'Écosse est demeurée sociale-démocrate, mais Westminster est devenu autoritaire et a tout privatisé. En fait, Margaret Thatcher est la sage-femme de la dévolution!»

On y revient sans cesse: le petit «livre bleu» distribué par le Oui, sorte de questions-réponses de 68 pages, s'ouvre avec un graphique qui dit en somme que l'Écosse n'a jamais le gouvernement pour lequel elle vote, et qu'elle ne peut pas à elle seule «sauver» le Royaume-Uni des conservateurs.

Une fois les pouvoirs obtenus, en 1997, on en a vu les limites, dit Kenyon Wright. Le pouvoir économique reste à Londres. Alors, comme d'autres, ce travailliste héréditaire, qui rejette le qualificatif de «nationaliste», a franchi le dernier pas et milite pour l'indépendance.

«J'ai vécu en Inde et j'ai compris que ce n'est pas la malchance, les accidents ou le manque de volonté qui fait la pauvreté; c'est le système. Ce système, nous ne le contrôlons pas.»

***

Plus rien ne sera comme avant? Si le Oui l'emporte, évidemment, l'indépendance sera déclarée au terme de négociations.

Mais advenant la victoire du Non? D'abord, cette semaine, les trois partis principaux à Westminster ont promis une nouvelle dévolution de pouvoirs à l'Écosse.

Sauf que l'opinion publique en Angleterre en a un peu marre de ce marchandage constitutionnel. Des députés conservateurs font savoir qu'ils voteront contre une dévolution. Le gouvernement de David Cameron a beau être là depuis quatre ans et demi, il est le fruit d'une coalition. Résistera-t-il à un quasi-échec?

Et comment garantira-t-on la pérennité des changements constitutionnels?

«On n'a aucune Constitution écossaise: c'est simplement une loi du Parlement britannique», souligne Wright. Il n'y a pas de Constitution écrite du Royaume-Uni, seulement des traditions et des conventions qui évoluent au fil du temps. Techniquement, un futur Parlement n'est jamais lié par le précédent. Il pourrait annuler la dévolution de 1997, mais plus réalistement, déconstruire une dévolution future négociée par le gouvernement Cameron.

Certains au Parlement britannique plaident pour un référendum dans le reste du Royaume-Uni en cas de dévolution. D'autres pour un Parlement... anglais. Et l'idée d'une «fédération britannique», impensable naguère, fait son chemin sérieusement.

Pour ajouter une couche de complexité constitutionnelle, les conservateurs ont promis pour 2016 (en cas de réélection, donc) un référendum sur l'appartenance à l'Union européenne (UE). Les nationalistes écossais sont très largement favorables à l'UE. S'ils demeurent dans le Royaume-Uni, ne représentant que 5 millions d'habitants dans un pays de plus de 60 millions, ils pourraient devoir la quitter contre leur gré.

«Ma femme est allemande, contre l'indépendance de l'Écosse, mais attachée à l'Europe... Elle ne sait plus comment voter jeudi», me dit un professeur d'informatique à l'Université d'Édimbourg.

Bref, la voie du Non n'est pas pour autant celle du calme politique et constitutionnel.




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