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Pauvre commission Ménard

Yves Boisvert
La Presse

Il y en a qui l'appellent la commission Charbonneau du pauvre...

Pauvre commission Ménard. Ce n'est pas de sa faute. C'est un peu comme chanter en première partie d'un spectacle de U2.

Serge Ménard, Claudette Carbonneau et l'ex-juge Bernard Grenier commencent à siéger en public cette semaine pour tenter de tirer quelques enseignements de la crise étudiante du printemps 2012.

(Je suggère qu'on abolisse l'expression «Printemps érable», mauvais jeu de mot de journalistes français qui sent un peu trop le pittoresque et qui suggère un rapprochement avec des révolutions dans des dictatures.)

Voici donc nos trois commissaires, qui siègent dans le même édifice que la commission Charbonneau... les semaines où celle-ci fait relâche.

Bel effort de visibilité, mais le problème de la commission Ménard est ailleurs.

Cette commission est mal née. Non pas qu'elle ne puisse rien produire d'utile; simplement, les conditions de sa mise sur pied la piègent et la limitent.

Imaginez la scène: ce printemps, Serge Ménard, après une brillante carrière d'avocat criminaliste et un passage réussi en politique comme ministre de la Justice et de la Sécurité publique, goûte enfin les douceurs de la retraite.

Il est en croisière en Méditerranée avec sa femme... Le téléphone sonne. Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, lui demande de présider une commission d'enquête sur les débordements policiers et "citoyens" dans les manifestations du printemps 2012.

Voilà un sujet qui tombe pile dans les cordes du juriste. Il accepte... Mais sans lire le mandat!

Pendant que la croisière s'amuse, le ministre Bergeron y va d'une conférence au ton revanchard, où il annonce ce qu'il attend de cette «commission spéciale d'examen»:

- analyser les circonstances des manifestations et des actions de perturbation tenues au Québec au printemps 2012;

- déterminer les facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social et évaluer les impacts des événements du printemps 2012 sur la population.

Il s'agit d'examiner: 1) les techniques des policiers; 2) les méthodes des agitateurs; 3) les impacts économiques des événements; 4) l'effet de tout ça sur le sentiment de sécurité de la population; 5) l'impact des médias sociaux; 6) et de comparer avec ce qui se fait dans d'autres pays occidentaux.

Et le rapport doit être remis... le 20 décembre!

Quand il revient au port, Serge Ménard réalise que le mandat est touffu. Il voit aussi que tout le monde n'est pas particulièrement enthousiaste à l'idée de replonger dans un psychodrame sociopolitique.

Que veut-on dire exactement par «facteurs ayant contribué à la détérioration du climat social» ? Voyez-vous le visage de Jean Charest dessiné ici?

Serge Ménard balaie tout ça du revers de la main: la commission se concentrera sur les techniques policières de contrôle des foules et les agissements des agitateurs. Point.

Point? Il y a eu... 700 manifestations! Celle de Victoriaville à elle seule nécessiterait un long examen...

Comme il s'agit d'une simple commission d'examen, elle n'a aucun pouvoir de contrainte: elle ne peut qu'inviter des témoins.

Des témoins? Non: des... intervenants. La commission n'a pas de procureur pour les interroger. Ceux-ci ne jouissent pas de l'immunité. Il faut s'attendre à ce qu'ils soient prudents...

Quelque 300 policiers font déjà face à des plaintes en déontologie. Ont-ils intérêt à venir témoigner sans immunité? Les syndicats de policiers ont systématiquement refusé de participer. Tout comme les étudiants.

Que reste-t-il? Essentiellement les responsables des corps de police, qui ont documenté leurs interventions et leurs méthodes. Et des spécialistes. On ne s'attend pas à voir défiler les membres de la Convergence des luttes anticapitalistes ni du Black Block...

Avec seulement une version, une version et demie, comment «dégager des constats en s'appuyant sur des faits vérifiables», comme dit le mandat?

Il y a... YouTube. Des vidéos de police...

Avec huit semaines d'audience, la plupart à huis clos, et un délai héroïque pour rédiger, il ne faut pas s'attendre à un rapport très exhaustif nous expliquant ce qui s'est passé en détail dans les manifs qui ont mal tourné.

On aura plus probablement droit à un survol de quelques événements ciblés; à une analyse de l'état des méthodes policières et des tactiques des agitateurs; et à une comparaison avec les meilleures pratiques dans les démocraties.

Ça peut être utile, bien sûr, et on leur souhaite bonne chance. Mais on ne fera pas de miracle avec si peu d'outils en si peu de temps.

Aurait-il fallu une "vraie" commission?

Euh, non, merci pour l'offre...

Il y aura un recours collectif, des poursuites en déontologie: on va se tâter le Printemps un bon bout de temps, n'ayez crainte.

On n'est pas obligés non plus d'être les champions du monde de la commission d'enquête.

Pour joindre notre chroniqueur: yboisvert@lapresse.ca




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