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«Top 10» des excuses à la corruption

Yves Boisvert
La Presse

La commission Charbonneau a un thème caché: le mensonge. Je ne parle pas ici du mensonge pur, facile à débusquer et à expliquer. Je m'intéresse ici à la manière de présenter des vérités, mais adoucies par une justification. De donner un éclairage moins cru sur la dure réalité de la corruption. Top 10 des excuses à la corruption.

10. Les petits plaisirs

Niccolo Milioto, dit Monsieur Trottoir, reconnaît avoir coulé une dalle de béton chez Luc Leclerc, l'ingénieur responsable de la surveillance des chantiers. Corruption? Voyons donc! «C'est exagéré de dire qu'un gars se fait acheter pour deux heures de travail...» Non, ce n'est qu'un «des petits plaisirs» qu'entre amis on se fait.

9. Le développement des affaires

On ne compte plus les témoins qui ont parlé du «développement des affaires» chez les firmes de génie-conseil. Corruption? Ja-mais. Rosaire Sauriol, ex-numéro 2 de Dessau, a expliqué comment il fallait participer au financement politique illégal et organiser la collusion entre entreprises, sans oublier la fausse facturation. Et les petits plaisirs: «C'est sûr que des outils, comme une loge de hockey, des billets de hockey, toutes ces choses-là étaient utiles pour le... c'était des outils utiles pour le développement des affaires.»

M. Sauriol et les autres ne se rendaient même pas compte qu'ils se développaient une méchante affaire judiciaire en même temps.

8. La théorie des erreurs

Robert Marcil, cadre à la Ville, dit qu'il a «manqué de vigilance» en acceptant un voyage de plusieurs milliers de dollars en Italie. On a l'impression de quelqu'un pris par surprise. Tu manques de vigilance trois minutes, tes pâtes sont trop cuites. Ou tu te retrouves en Italie toutes dépenses payées. Ah, zut!

Est-ce que Dessau a embauché Frank Zampino pour services rendus? «Je pense que c'est une des très grandes erreurs, reconnaît Rosaire Sauriol. On en a fait des erreurs, on en a parlé. On est ici parce qu'on a fait des erreurs, là.»

Une «erreur» a quelque chose d'accidentel. Qui ne fait pas d'erreur? De grandes erreurs, mêmes! Mais où avais-je donc la tête? C'est beaucoup plus supportable, une erreur, c'est tellement humain, et plus présentable qu'un vaste complot pour fraude.

7. C'était l'époque

«Ma conscience me dit que je n'étais pas malhonnête, parce que c'était les moeurs du temps», a dit l'organisateur d'élections Gilles Cloutier, qui fricotait dans toutes les magouilles municipales et dans le «développement des affaires». L'époque! La maudite époque! Si nous avions su! «Il y a des pratiques qui évoluent avec le temps», disait Sauriol, pénétré de perspective historique.

6. Mettons les choses en perspective

Sans «minimiser», Gérald Tremblay nous a dit que la corruption à Montréal ce n'est toujours que 40-50 millions par année sur un budget de 3 milliards. Autrement dit: même si, dans le pire des cas, on me juge coupable de mauvaise gestion, cette somme est une goutte d'eau dans le fleuve de l'administration montréalaise.

5. J'ai été accommodant

«J'ai été accommodant et il y a eu des retours», a dit en résumé l'ingénieur Michel Lalonde, maître d'oeuvre de la collusion entre firmes. Plus convivial et moins comptable que: si tu me laisses facturer les extras, tu auras ton pourcentage.

4. L'harmonisation

L'entrepreneur Gilles Théberge, un des fondateurs du cartel de l'asphalte à Montréal, préfère parler d'une «harmonisation» des prix. Une approche beaucoup plus holistique, une forme de collusion Nouvel Âge qui sent l'eucalyptus.

3. C'est pas ma faute

Gilles Surprenant nous l'a dit: «Je n'ai pas voulu ce système-là. J'en ai fait partie, malheureusement, et j'étais mal à l'aise avec les sommes d'argent que je recevais.»

Pogné, pour ainsi dire, avec des montagnes d'argent, inconfortable (ne vous fiez pas aux photos de golf dans le Sud où il apparaît bronzé et festif), on sait qu'il a visité le casino dans l'espoir d'en perdre le plus possible. Mais pas assez pour tout «redonner» à l'État! Ce qui nous mène à cette réalité souvent méconnue.

2. C'est pas facile d'être riche

Luc Leclerc, autre ingénieur corrompu à la Ville de Montréal, nous a secoués: «On va vous donner 500 000$ et essayez de le dépenser sans vous faire remarquer. Vous allez voir que c'est plus dur qu'on peut penser. C'est un cadeau empoisonné.»

Il n'en avait même pas besoin, sa femme faisait un excellent salaire! C'est à se demander s'il ne l'a pas fait par une forme inédite d'abnégation.

1. C'est compliqué, l'éthique

Dans une scène rappelant Ding et Dong, ou le classique «détecteur de mensonges» de La Petite vie, l'ingénieur Roger Desbois nous a confié en pouffant de rire avoir échoué lamentablement à un test d'éthique. L'ordinateur «buzzait» à chaque mauvaise réponse et apparemment, ça buzzait fort dans son bureau. Pourtant, on devine que dans ce genre de tests, le «testé» tente de répondre de la manière la plus politiquement correcte, pour avoir une bonne note.

Il était tellement habitué à la corruption qu'il avait internalisé son propre code anti-éthique sans s'en rendre compte.

Voilà le sommet de l'art de tricher, le dernier degré de l'intoxication: le tricheur ne sait même plus qu'il triche. Il est estomaqué et très amusé d'entendre l'ordinateur lui rappeler dans quel bas fond de corruption il a sombré.

Buzz!

Pour joindre notre chroniqueur: yves.boisvert@lapresse.ca




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