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Pourquoi la corruption ?

Yves Boisvert
La Presse

J'ai eu une vision... dans un songe... C'était hier, pendant que je m'endormais dans une salle de presse municipale en lisant le rapport Léonard.

J'ai compris enfin pourquoi il y a tant de corruption à Montréal.

La raison?

C'est tellement, tellement, tellement plate, la politique municipale!

De quoi parle ce très bon rapport de 37 pages? D'éthique et de surveillance. Il faut pour gouverner nos villes des gens qui ont le sens de l'éthique; et des gens qui surveillent ceux qui en ont moins.

C'est l'évidence, me direz-vous. Ça ne doit pas être si évident, à entendre ce qui nous a été balancé à la commission Charbonneau depuis six mois.

Mais qui choisit ces élus au sens éthique irréprochable qui installeront des hauts fonctionnaires «dignes de ce nom», comme dit Jacques Léonard? Des gens pour se faire surveiller et surveiller les autres?

C'est nous.

Et nous, en tout cas moi, au jour le jour, ça ne m'intéresse pas furieusement de connaître le fin du fin de la réparation des ponts et chaussées. Le mérite relatif des firmes de pavage et filage, la tuyauterie d'aqueduc et la gestion de la fourrière municipale, je l'avoue, tout ça m'ennuie jusqu'à l'évanouissement.

Oh, si j'apprends ce matin qu'on a truqué les appels d'offres pour la location des chiens renifleurs du service de police, je suis choqué!

Mais un p'tit mardi du mois de février? On me voit rarement au micro du conseil municipal en train de poser des questions aux élus pour qu'ils rendent des comptes.

Comment? C'est le lundi? Bon, vous voyez que je fais bien de ne pas y aller le mardi.

On aura beau écrire les meilleurs codes d'éthique, si le milieu lui-même n'est pas imprégné de ces valeurs, ça ne donnera pas grand-chose. N'oublions pas qu'une des constitutions les plus magnifiques et les plus généreuses jamais écrites était celle de l'Union soviétique...

Et si ce milieu s'en fout?

Le désintérêt des citoyens ouvre assurément un large espace de corruption aux intéressés. Or, je le répète, il faut vraiment faire un effort pour s'intéresser à la fourniture de services et à la gestion municipale dans une ville comme Montréal. Ça ne vient pas naturellement à tout le monde...

De la même manière, ce n'est pas pour rien que les partis politiques à tous les niveaux se jettent sur le «financement sectoriel» illégal: ils trouveront là l'argent que le commun des électeurs ne leur envoie pas.

Je ne suis pas en train de dire que les citoyens, par leur indifférence, sont les vrais coupables de la corruption. Je dis que cette indifférence est une condition de cette corruption. Une ville, un État bien surveillé sera plus difficilement corruptible. La démocratie suppose un plus haut degré de vertu des citoyens, disait Montesquieu...

Les tenants des fusions plaidaient qu'il serait plus facile de surveiller une ville unifiée. En effet, quel média important s'intéressait à Saint-Léonard? Ou Saint-Laurent? On sait maintenant qu'il y avait de quoi! En regroupant tout à l'hôtel de ville de Montréal, on pourrait mieux voir venir, non? Pas vraiment.

Ce n'est pas totalement faux, du moins on a vu la série d'enquêtes autour de la ville-centre. Mais en même temps, qui ira faire le tour de tous les arrondissements, qui ont pourtant chacun leurs enjeux, leurs budgets? Une fois rapportée la dernière nouvelle comique du Plateau, les médias principaux reviennent vite rue Notre-Dame.

C'est indirectement ce dont il est question dans ce rapport, très pertinent j'insiste: renforcer les contrôles; recréer l'expertise; identifier les postes «vulnérables» à la corruption (ceux qui donnent les contrats, achètent des services et surveillent les travaux); créer une uniformité dans cette ville encore bancale et incohérente. Bref, restaurer l'éthique et la rigueur.

Du même souffle, Jacques Léonard a déclaré d'entrée de jeu que depuis 2009, bien des choses ont été faites et, sans doute, la corruption a été réprimée et limitée comme jamais.

Pourquoi? Tout le monde se sait surveillé. Par les médias, par la police, peut-être même par les citoyens, on peut rêver!

Une surveillance après le fait, c'est bien. Une surveillance en direct, c'est encore mieux pour «développer l'éthique».




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